Pendant des années, elle a fumé, débordé, empesté. Elle a rendu l’air irrespirable, l’eau suspecte, la vie quotidienne pénible. À Hamdallaye, au cœur de Conakry, la décharge de Dar-Es-Salam s’est imposée comme un symbole brutal de l’abandon urbain et de l’aveuglement collectif. Aujourd’hui, pourtant, l’horizon semble enfin s’éclaircir : la fin de ce monstre environnemental est annoncée.
Le ministre de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a confirmé ce que beaucoup n’osaient plus espérer : un financement de 70 millions d’euros est mobilisé pour fermer définitivement Dar-Es-Salam et transférer la décharge vers Baritôdé, dans la commune de Kouria, préfecture de Kindia. Une décision lourde de sens, autant politique que sanitaire.
Derrière ce chiffre, il y a des partenaires internationaux, mais surtout une prise de conscience tardive. Vingt millions d’euros viendront de l’Union européenne, cinquante de l’Agence française de développement. Une enveloppe conséquente, à la mesure d’un problème que les riverains dénoncent depuis des décennies, souvent dans l’indifférence, parfois au prix de leur santé.
Le ministre ne minimise pas l’ampleur du désastre. Il reconnaît la gravité de la situation actuelle et admet l’urgence d’y mettre fin. Il insiste aussi sur l’implication personnelle du Premier ministre, Amadou Oury Bah, dans un dossier longtemps repoussé d’un ministère à l’autre. Car Dar-Es-Salam n’est pas qu’une décharge : c’est une bombe sanitaire posée en pleine zone urbaine, un risque permanent pour des milliers de familles.
Les choses, cette fois, semblent avancer. Les études techniques et environnementales ont été lancées il y a quelques semaines. Pas question, assure-t-on, de déplacer le problème sans le résoudre. À Baritôdé, les projections se font sur cinquante ans, intégrant croissance démographique et urbanisation future. Une façon de dire : plus jamais ça. Plus jamais une décharge devenue ville, plus jamais une ville transformée en dépotoir.
Invité sur le plateau de la RTG, Aboubacar Camara se veut catégorique : la délocalisation sera définitive. Mieux, il esquisse déjà l’après. La fermeture de Dar-Es-Salam pourrait transformer ce no man’s land toxique en un espace à forte valeur immobilière. Une perspective presque ironique quand on pense à ce que ce site a infligé à ses voisins pendant tant d’années.
Il faut se souvenir qu’en juillet 2025, le Premier ministre s’était rendu sur place, face aux populations excédées. Des études avaient alors été annoncées, menées notamment par le cabinet Artelia, pour baliser une sortie de crise. À l’époque, beaucoup avaient accueilli ces promesses avec scepticisme.
Aujourd’hui, les financements sont là, les études sont lancées, le calendrier semble enclenché. Reste l’essentiel : transformer l’annonce en réalité. Car à Dar-Es-Salam, on a appris à se méfier des discours. Et à espérer, malgré tout, que cette fois, Conakry pourra enfin respirer.
Abdoul chaolis Diallo





































