À 18 heures, alors que le soleil déclinait au sud du pays, un cycle politique s’est refermé à Nongo. Là, au terme de trois semaines d’itinérance à travers la Guinée profonde, le Bloc libéral a clôturé sa campagne présidentielle. Trente-et-une préfecture visitée sur trente-trois, des milliers de kilomètres avalés, et partout le même constat glaçant : un peuple inquiet, un peuple qui a peur.
Peu importe la région, Forêt, Haute-Guinée, Fouta ou Basse-Côte, la peur s’est imposée comme le fil rouge de cette campagne. Peur des enlèvements, peur des disparitions, peur de la torture, peur du silence imposé. Une peur quotidienne, banalisée, presque normalisée. Mais à Nongo, ce sentiment a été nommé, dénoncé, puis défié.
Car diriger, martèle le candidat du Bloc libéral, ce n’est pas terroriser, c’est inspirer. Gouverner, ce n’est pas intimider, c’est ouvrir un chemin vers le bonheur collectif. Le 28 décembre, insiste-t-il, le seul critère de choix doit être là : le bonheur des Guinéens. Rien d’autre.
Dans un discours à la fois offensif et programmatique, le candidat a promis la rupture : rupture avec le mensonge, avec l’injustice, avec la corruption, avec l’étouffement des libertés. La fermeture des médias, la restriction d’Internet, la traque des voix discordantes ne sont pas, selon lui, des actes de force, mais des aveux de faiblesse. « Ils ont peur de la vérité », assène-t-il, appelant la jeunesse à « mettre à la retraite » ceux qui gouvernent par la crainte.
La jeunesse, justement, est au cœur du projet. Éducation d’abord, avec une promesse forte : consacrer 30 % du budget national à un système éducatif unifié, moderne, connecté, où enseignants et élèves retrouveront dignité et perspectives. Santé ensuite, pour en finir avec l’exil médical humiliant vers Tunis, Rabat, Dakar ou Paris. « La santé doit trouver les Guinéens ici, en Guinée », lance-t-il, sous les acclamations.
Vient enfin le nerf de la bataille sociale : l’emploi. Comment accepter que 80 % des diplômés soient au chômage pendant que les richesses minières quittent le pays à l’état brut, laissant derrière elles un environnement ravagé et des populations malades ? À Boké, symbole criant de cette contradiction, les promesses de développement n’ont jamais tenu leurs engagements. Pour le Bloc libéral, la transformation locale des ressources n’est plus négociable : exporter brut, c’est exporter des emplois.
Démocratie, droits, libertés : le ton se durcit. Fermeture des médias, coupures d’Internet, intimidations administratives… le tableau dressé est sombre. Mais la réponse se veut claire : la sanction par les urnes. Ne pas voter, prévient le candidat, c’est se rendre complice du chaos actuel. Voter, en revanche, c’est reprendre le pays, remettre la démocratie sur ses rails et imposer la justice.
À l’approche du scrutin, l’appel est solennel. Mobilisation totale, vigilance contre la fraude, discipline dans le vote, résistance pacifique face aux intimidations. Même face aux canons, promet-il, la voix du peuple devra être respectée.
Dimanche, conclut-il, ne sera pas un simple jour de vote. Ce sera le point de départ d’une nouvelle Guinée. Une Guinée qui refuse la peur et choisit enfin le courage.
Alpha Amadou Diallo





































