Il est des marches qui ne se contentent pas d’occuper l’espace public. Elles interrogent la conscience nationale. Ce mardi 18 novembre 2025, Bonfi n’a pas marché pour revendiquer un droit, mais pour réclamer une vérité : celle du sort de 300 jeunes Guinéens disparus sur la route de l’Europe, avalés par l’ombre d’une aventure qui s’est arrêtée en Mauritanie.
À l’aube, le quartier s’est réveillé sous un poids lourd, presque palpable. Des parents, photos en main, ont avancé en silence ou en cris, mais toujours avec la même douleur : celle de ne plus savoir. De ne plus comprendre. De ne plus être entendus.
Chaque visage, portait une question simple, mais déchirante : où sont nos enfants ?
Ces jeunes avaient quitté la Guinée comme des milliers d’autres avant eux, poussés par une espérance fragile : celle de se fabriquer un avenir ailleurs. Passage par la Gambie, embarquement clandestin, puis l’inévitable rupture du rêve. La Mauritanie. Point de bascule.
Là-bas, selon les familles, certains seraient morts. D’autres hospitalisés. Beaucoup, trop, introuvables. Et les survivants vivraient dans des conditions indignes, loin des regards et de toute assistance réelle.
Face à ce drame, le silence des autorités pèse autant que la disparition elle-même. Car cette marche n’est pas seulement un cri de douleur : c’est un rappel brutal de ce que l’État doit à ses citoyens. Protéger les vivants. Honorer les morts. Et surtout, rendre des comptes.
Au fil de l’après-midi, les rangs n’ont cessé de grossir. Des mères effondrées, des pères qui ne pleurent plus, des frères et sœurs accrochés à une photo comme à une bouée de survie. Tous réclament la même chose : une intervention officielle auprès des autorités mauritaniennes. Pas un communiqué. Pas une promesse. Une action claire.
Lorsque nous quittons Bonfi, le cortège continue d’avancer. Lentement, mais avec une obstination bouleversante.
Ces familles ont décidé que leurs enfants ne seraient pas des chiffres perdus dans une statistique migratoire. Elles refusent l’oubli, cette seconde mort dont personne ne revient.
Et c’est là que réside la véritable interpellation de cette journée : combien de drames faudra-t-il encore pour que la question migratoire cesse d’être ignorée, minimisée, reportée ?
La Guinée perd ses forces vives par centaines, par milliers, dans des deserts, des prisons, des naufrages. Mais tant que la réponse politique restera timide, désincarnée, ces départs continueront.
La marche de Bonfi n’était pas une manifestation.
C’était un miroir tendu à la Nation. Un rappel de ce que signifie la responsabilité publique.
Un acte d’amour, oui. Mais aussi un acte de résistance. Contre le silence. Contre l’indifférence. Contre l’idée insupportable que 300 jeunes puissent disparaître sans que la République en soit bouleversée.
La question n’est plus de savoir si les familles vont tenir dans leur combat.
La question est de savoir si l’État, lui, tiendra enfin son rôle.
Moussa Aziz Camara






































