Dans une Guinée en quête permanente d’équilibre et de cohésion, certains rendez-vous dépassent le simple cadre religieux pour devenir des actes politiques au sens noble du terme. À Gbara, district de Kamalaya, dans la préfecture de , la cinquième édition consécutive de la cérémonie annuelle de prières et de sacrifices pour la paix nationale s’est imposée, ce 15 février 2026, comme un symbole de constance et d’engagement collectif.
La présence du ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, , natif des lieux, n’avait rien d’anodin. Elle traduisait un attachement à la terre d’origine, mais aussi la volonté d’inscrire l’action publique dans une continuité spirituelle et communautaire. Depuis cinq ans, ce rendez-vous rassemble autorités religieuses, notabilités et populations autour de lectures du Saint Coran, de sacrifices rituels et d’invocations en faveur de la paix, de la stabilité et du vivre-ensemble.
Plus qu’une tradition, l’événement est devenu un repère. Dans un contexte national où les équilibres institutionnels et sociaux demeurent fragiles, la prière collective apparaît ici comme un acte de responsabilité citoyenne. Les guides religieux et les sages de la localité ont élevé des bénédictions en faveur du Chef de l’État, , implorant pour lui clairvoyance et discernement dans la conduite des affaires publiques. Un geste qui rappelle combien, dans la culture guinéenne, la légitimité politique s’accompagne d’une onction morale et spirituelle.
Mais réduire cette rencontre à une simple cérémonie religieuse serait une lecture incomplète. En prenant la parole, Moussa Moïse Sylla a souligné que cette initiative vise aussi à raffermir les liens entre les filles et fils de la localité. Autrement dit, la paix nationale commence par la cohésion locale. La solidarité communautaire n’est pas ici un slogan, mais une pratique : soutien aux populations rurales, actions sociales parallèles, engagement des ressortissants. La foi ne dispense pas de l’action ; elle la commande.
La voix de Hadja Mami Cissé, rappelant l’héritage spirituel de Kamalaya et le rôle fondateur de son père, premier imam de la localité pendant plus d’un demi-siècle, a donné à la cérémonie une profondeur historique. À travers elle, c’est toute une mémoire religieuse qui resurgit, ancrant le présent dans une tradition de transmission et de responsabilité morale.
Le président des ressortissants de Kamalaya à Conakry, lui, a vu dans cette mobilisation un signal d’espérance. Car au-delà de Gbara et de Forécariah, c’est la Guinée entière qui est interpellée : aucune ambition de développement ne peut prospérer sur un terrain miné par la division.
En définitive, cette cinquième édition consécutive de prières et de sacrifices pose une question essentielle : et si la paix ne relevait pas uniquement des institutions, mais aussi d’une discipline intérieure, d’une conscience collective nourrie par la foi et la solidarité ?
À Gbara, la réponse semble déjà trouvée. La constance spirituelle y est devenue un acte citoyen. Et dans une nation en reconstruction permanente, ce type d’ancrage vaut parfois autant qu’un programme politique.
Abdoul Chaolis Diallo






































