Édito, Dr Sidy Diallo
Le 25 novembre, journée internationale dédiée à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, n’est pas qu’une simple date sur le calendrier. C’est un rappel vibrant, presque un cri, face à l’urgence d’en finir avec les violences basées sur le genre. Parmi elles, l’excision demeure l’une des plus anciennes, des plus ancrées, mais aussi des plus dévastatrices. À Sabadou-Baranama, dans la région de Kankan, un geste individuel est en train de devenir un symbole collectif : celui d’une femme qui a décidé de poser la lame… pour ne plus jamais la reprendre.
Sogbè Kourouma, une cinquantaine d’années, fut longtemps l’une des exciseuses les plus actives de la localité. Héritière d’une tradition familiale, elle a, durant des décennies, reproduit sans questionner un rituel transmis de mère en fille. « Je pouvais exciser plus de 60 filles par jour », confie-t-elle, un aveu lourd qui dit tout du poids culturel, mais aussi de l’ampleur du phénomène.
Mais les temps changent. Les mots aussi. Les campagnes de sensibilisation menées par l’Inspection régionale de l’Action sociale de Kankan et l’ONG ASD ont fissuré les certitudes et ouvert la voie à une réflexion nouvelle. Le déclic a suivi : Sogbè a choisi d’arrêter.
« Après de longues réflexions et les conseils reçus, j’ai compris que c’est dangereux. J’ai décidé d’abandonner. Ce travail faisait vivre ma famille, mais aujourd’hui, je suis prête à sensibiliser tout le monde et à dénoncer toute personne impliquée, même dans la discrétion », affirme-t-elle avec une détermination qui force le respect.
Ce revirement ne relève pas du hasard ni d’un simple élan individuel. Depuis plusieurs mois, des villages de la sous-préfecture de Sabadou-Baranama ont officiellement renoncé aux mutilations génitales féminines. Un mouvement lent mais profond, signe que la conscience collective évolue, que la parole circule, que le silence se fissure.
En décidant de rompre avec la tradition, Sogbè Kourouma fait plus que changer sa vie : elle ouvre un chemin. Un chemin où la protection des filles supplante les rites anciens, où la voix des femmes prend le pas sur les injonctions sociales, où la dignité s’affirme face à la douleur. Son geste n’efface pas le passé, mais il éclaire l’avenir.
Ce 25 novembre, son histoire nous rappelle que la lutte contre les violences faites aux femmes se gagne aussi ainsi : un acte, un courage, un renoncement… et toute une communauté qui bascule du côté de la vie.
Dr Sidy Diallo avec le djely.com






































