À Assamaka, aux confins du Niger, le désert n’est plus seulement une étendue de sable : il est devenu le théâtre d’un drame humain silencieux. Depuis plus de deux mois, des dizaines de jeunes migrants guinéens, refoulés d’Algérie, y survivent dans des conditions extrêmes, sans assistance réelle, suspendus à l’attente d’un geste de leur pays d’origine.
Conduits par les autorités algériennes jusqu’à la frontière nigérienne, ces migrants ont été abandonnés à Assamaka, localité de la région d’Agadez devenue, malgré elle, un point de chute pour les refoulés du Maghreb. Là, en plein désert, le temps s’étire et l’espoir s’effrite. Certains y sont bloqués depuis deux mois, d’autres depuis trois, livrés à eux-mêmes sous un soleil implacable.
Joint par VisionGuinee, Mamoudou Diallo, l’un d’eux, décrit une situation qui frôle l’insoutenable. Manque de nourriture, absence d’hygiène, maladies non prises en charge : le quotidien se résume à la survie. « Difficilement, on arrive à manger. On ne se lave presque pas. Malgré tout, nous restons unis », confie-t-il, la voix chargée de fatigue et de détresse. Autour de lui, des jeunes malades, affaiblis, coincés dans un no man’s land où les frontières semblent plus fermées que les consciences.
Face à cette impasse, leur revendication est d’une simplicité désarmante : rentrer en Guinée. Pas de slogans, pas de revendications politiques, juste le droit de revenir au pays. L’appel est lancé directement au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté. « Notre seule demande est de pouvoir rentrer au pays », insiste Mamoudou Diallo, au nom de tous.
Cet appel n’est pas seulement celui de migrants en détresse. Il interroge la responsabilité de l’État guinéen envers ses ressortissants, même et surtout lorsque ceux-ci ont emprunté les chemins périlleux de l’exil. Il questionne aussi la solidarité nationale et le rôle des médias dans la mise en lumière de ces tragédies souvent reléguées aux marges de l’actualité.
À Assamaka, les jeunes guinéens n’attendent ni discours ni promesses. Ils attendent un rapatriement, un signe, une preuve que la République ne s’arrête pas à ses frontières. Chaque jour qui passe dans le désert rend ce silence plus lourd. Et l’urgence, plus criante.
Kalil Diallo





































