La page se tourne, sans cérémonie. Cinq jours seulement après son investiture à la tête de l’État, le président Mamadi Doumbouya a acté la démission du gouvernement dirigé par Amadou Bah Oury. Un départ collectif, annoncé le jeudi 22 janvier 2026, qui sonne comme la fin officielle de l’ère transitionnelle et l’ouverture d’un nouveau chapitre du pouvoir à Conakry.
Dans un communiqué sobre, la présidence guinéenne a confirmé que le chef de l’État avait accepté la démission du Premier ministre et de l’ensemble de son équipe, avant de signer un décret mettant fin à leurs fonctions. En attendant la formation d’un nouveau gouvernement, promise dans les prochains jours, la gestion des affaires courantes est confiée aux secrétaires généraux des ministères et à l’appareil administratif.
Cette démission n’a rien d’un accident politique. Elle apparaît plutôt comme une conséquence logique de la nouvelle architecture institutionnelle née de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. En remportant le scrutin dès le premier tour avec 86,72 % des voix, un résultat validé par la Cour suprême le 4 janvier 2026, Mamadi Doumbouya a mis un terme à plus de quatre années de transition militaire, ouverte par le coup d’État du 5 septembre 2021 contre Alpha Condé.
L’investiture du général, le 17 janvier 2026 au stade de Conakry, a officiellement scellé sa mue : de chef de la junte à président élu pour un mandat de sept ans. Une trajectoire politique qui n’est pas sans zones d’ombre. Les promesses initiales de restitution du pouvoir aux civils et de non-candidature ont été balayées par une élection organisée dans un contexte de fortes restrictions des libertés. Les principales figures de l’opposition, souvent en exil ou marginalisées, n’ont pas pu concourir ; plusieurs partis restent suspendus et les manifestations demeurent interdites depuis 2022.
Sur le plan diplomatique, pourtant, le signal est clair. Le même 22 janvier, l’Union africaine a annoncé la levée de la suspension de la Guinée de ses instances, décidée après le putsch de 2021. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a salué l’organisation de la présidentielle et considéré que le pays avait renoué avec l’ordre constitutionnel.
Reste désormais l’essentiel : traduire cette normalisation institutionnelle en actes politiques crédibles. La présidence annonce pour février la fixation des dates des prochaines élections législatives ou locales. Le futur gouvernement, attendu avec impatience, devra convaincre qu’il ne sera pas seulement un instrument de consolidation du pouvoir, mais le levier d’une gouvernance apaisée, inclusive et tournée vers les attentes réelles des Guinéens.
Sibé Fofana






































