CONAKRY – La pluie tambourine sur les tôles et s’écoule en rigoles boueuses le long de la chaussée. Mais ce vendredi 5 septembre 2025, ce n’est pas seulement le ciel qui assombrit la capitale guinéenne. Sur l’axe Cimenterie–Sonfonia–Wanindara, les rideaux métalliques baissés des boutiques forment un paysage uniforme, comme une succession de murs clos, plongeant cette artère habituellement vibrante dans un silence pesant.
À la T8, où nous débutons notre reportage vers midi, l’air est saturé d’humidité et d’une odeur de poussière mouillée. Les voix qui d’ordinaire s’entremêlent – vendeurs, apprentis de taxi, clients – se sont tues. Seuls quelques klaxons résonnent, timides, dans une circulation étonnamment fluide. « On a préféré ne pas ouvrir aujourd’hui, on ne sait jamais… » lâche un commerçant rencontré devant sa boutique fermée, le regard inquiet vers les pickups de police postés à quelques mètres.
De Sonfonia T7 à Enco 5, les forces de l’ordre sont omniprésentes. Casques vissés sur la tête, boucliers à la main, les agents scrutent chaque attroupement. Les moteurs de leurs véhicules tournent au ralenti, prêts à bondir. « Hier soir, ça a failli dégénérer. Les jeunes voulaient ériger des barricades, mais ils n’ont pas fait long feu », raconte un habitant de Sonfonia-Rails, encore marqué par les détonations des grenades lacrymogènes de la veille.
Sous la pluie battante, les rares passants avancent tête baissée, pressés de rentrer chez eux. L’ambiance rappelle davantage un couvre-feu qu’un simple jour de pluie. Et dans toutes les conversations chuchotées, revient l’appel des Forces vives de Guinée à descendre massivement dans la rue pour, disent-elles, contrer la « confiscation des droits et libertés » par la junte.
Sur le terrain, cet appel se traduit par une peur diffuse, des rues désertées et des commerces barricadés. Une atmosphère de défiance et de méfiance où chaque coup de sifflet de policier ou bruit de moteur résonne comme un avertissement. La tension est palpable, comme suspendue dans l’air lourd de la pluie.
Saliou Keita





































