Conakry. Face aux critiques accusant le recensement général de la population d’être une manœuvre dilatoire du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le Premier ministre a choisi la riposte frontale. Pour lui, le RGPH-4 est tout sauf une stratégie pour « gagner du temps » : il s’agit d’un socle indispensable pour refonder l’État.
C’est dans une atmosphère solennelle que se sont déroulées, ce mercredi à Conakry, les cérémonies de publication officielle des résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4). À la tribune, Bah Oury n’a pas caché sa satisfaction, saluant « une étape historique » dans le processus de transition.
« C’est un plaisir pour nous tous de nous retrouver aujourd’hui pour sanctionner positivement la publication officielle des résultats du RGPH-4 », a-t-il déclaré, félicitant au passage le ministère du Plan pour la conduite de l’opération.
« Construire l’État, pas gérer l’urgence »
Au-delà de l’exercice statistique, le chef du gouvernement a donné une portée politique claire à l’opération. Selon lui, la maîtrise des données démographiques est une condition préalable à toute transition crédible et durable.
« Passer d’une transition à une autre sans avoir analysé les causes des crises récurrentes, c’est courir le risque de replonger encore », a-t-il averti.
Réduire la transition à une simple succession d’élections serait, d’après lui, « une erreur politique majeure » susceptible de conduire à des situations d’États fragiles, voire faillis. Le RGPH-4, insiste-t-il, constitue « l’un des piliers fondamentaux du chronogramme récemment achevé » et marque « un grand pas pour la République dans le cadre de sa refondation ».
Réponse aux détracteurs
Dès le début de la transition, certains acteurs politiques avaient dénoncé l’organisation du recensement, y voyant une « façon pour le CNRD de durer au pouvoir ». Une lecture que Bah Oury balaie.
Pour lui, la démarche s’inscrit dans « une dynamique de construction de l’État ». Il défend un travail « scientifique, objectif, loin des interprétations malveillantes » qui, selon ses mots, ont longtemps entaché les opérations de recensement en Guinée.
Cap sur l’identification biométrique
Le Premier ministre projette déjà la prochaine étape : la mise en œuvre du Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil (PN-RAVEC). L’ambition est claire : attribuer à chaque citoyen un numéro d’identification personnel (NIP) normalisé.
À ses yeux, l’identification complète de la population est une question de survie institutionnelle. « Ne pas finaliser l’identification des citoyens, c’est se jeter à l’eau sans savoir nager », a-t-il illustré, évoquant le risque de « se noyer » au milieu du processus.
Pour Bah Oury, le NIP représente l’outil stratégique par excellence pour assurer la viabilité de l’État, renforcer la sécurité et soutenir le développement économique du pays.
Au-delà des polémiques, le message du chef du gouvernement est limpide : la transition, selon lui, ne saurait être un simple calendrier électoral. Elle se veut une refondation structurelle, dont le recensement constitue la pierre angulaire.
Amadou Diallo






































