Édito :
À Matam, devant une foule acquise à la cause du général Mamadi Doumbouya, Bah Oury n’a pas livré un discours de confort. Il a lancé une mise en garde. À moins d’un mois du scrutin, le Premier ministre rappelle une vérité politique trop souvent négligée : aucune victoire n’est acquise tant que les électeurs ne se sont pas déplacés. Et dans la stratégie du camp présidentiel, le véritable adversaire n’a rien d’un candidat : il s’appelle abstention.
En martelant que « la bataille n’est jamais gagnée d’avance », Bah Oury cherche à briser l’euphorie ambiante qui gagne certains partisans. Il ne veut ni triomphalisme ni excès de confiance. Ce qu’il réclame, c’est une “campagne exemplaire” et surtout un taux de participation massif, capable de donner au général Doumbouya un “mandat clair, net et sans ambiguïté”.
D’où cet appel presque martial : « Allez chercher les gens dans leur maison, faites du porte-à-porte, réveillez ceux qui sont endormis. » Une injonction qui dit tout de l’enjeu du moment. Pour le Premier ministre, le bruit des meetings ne vaut rien sans la force silencieuse des urnes.
L’éditorialiste retiendra surtout cette idée : le pouvoir cherche moins à convaincre qu’à mobiliser. Dans les villages, dans les quartiers, dans les centres urbains, chaque électeur doit être ramené vers les bureaux de vote le 28 décembre. Car au-delà de la compétition politique, Bah Oury veut construire une démonstration : celle d’un soutien populaire massif, impossible à contester.
Et c’est bien là que se joue la bataille. Pas dans la confrontation entre candidats, mais dans la capacité à faire sortir les Guinéens de chez eux. À réveiller les endormis. À transformer l’adhésion en participation. À faire des urnes le véritable lieu de légitimation.
Reste à savoir si cet appel sera entendu. En Guinée, la mobilisation électorale n’est jamais un acquis ; elle doit se fabriquer, se nourrir, se porter. Et c’est précisément le défi que pose Bah Oury : donner au général Doumbouya non seulement une victoire… mais une victoire indiscutable.
Amadou Diallo






































