ÉDITO —
À Bambéto, un symbole tombe, un autre s’élève. En inaugurant l’Échangeur de Bambéto ce samedi, le président Mamadi Doumbouya ne s’est pas contenté d’ouvrir une infrastructure routière : il a voulu tourner une page lourde de quinze années de tensions, de violences et de fractures sur l’axe Le Prince. L’ouvrage, lancé en 2022, apparaît aujourd’hui comme un geste politique autant qu’un projet d’aménagement urbain.
Le discours présidentiel, lu par Yaya Sow, insiste sur cette dimension mémorielle. En baptisant l’infrastructure du nom de Bambéto, le chef de l’État dit vouloir honorer les communautés locales, mais surtout rendre hommage aux victimes tombées sur cet axe devenu, au fil du temps, le théâtre d’affrontements récurrents. Une reconnaissance attendue, mais aussi un message : la réconciliation peut passer par le béton, lorsqu’il s’accompagne de respect et de mémoire.
Au-delà du symbole, l’échangeur répond à une urgence pratique. Sur cet itinéraire parmi les plus congestionnés de Conakry, la nouvelle structure promet de réduire les embouteillages chroniques, d’améliorer la fluidité et de sécuriser la circulation. Un soulagement pour les habitants, les commerçants et les milliers d’usagers qui voient chaque jour leur vie ralentie par le chaos routier.
L’inauguration s’inscrit également dans une vision plus large : celle du programme Simandou 2040, censé moderniser progressivement les infrastructures du pays. Bambéto devient ainsi une vitrine d’un État qui veut afficher sa capacité à transformer les zones autrefois considérées comme sensibles en espaces de mobilité, de développement et, peut-être, de confiance retrouvée.
Reste une question : ce changement d’image sera-t-il durable ? L’échangeur offre une opportunité, mais seule une relation apaisée entre l’État et les habitants pourra en sceller le destin. Pour l’heure, Bambéto respire un air nouveau à la croisée du souvenir et du renouveau.
Alpha Amadou Diallo






































