En mars 2001, la Guinée était frappée par une explosion meurtrière au camp militaire Alpha Yaya Diallo, à Conakry. Un événement tragique qui a fait des victimes, des blessés graves et des handicapés à vie, mais qui semble aujourd’hui relégué aux marges de l’histoire officielle.
Le 2 mars 2001 reste une date douloureuse pour de nombreux Guinéens. Ce jour-là, une violente explosion s’est produite à la poudrière du camp Alpha Yaya Diallo, sous le régime du défunt président Lansana Conté. Le drame a causé des pertes en vies humaines, plusieurs blessés et des séquelles irréversibles pour certaines victimes restées paralysées à vie.
Selon des témoignages de l’époque, l’explosion serait survenue alors que des opérations de déplacement d’armes et de munitions étaient en cours. D’autres sources évoquent un incendie d’origine électrique qui se serait déclaré aux environs de 4h30 dans un magasin d’équipements blindés, provoquant une réaction en chaîne jusqu’à l’explosion de stocks de munitions.
Dans un communiqué officiel, le ministère de la Défense nationale avait indiqué que « toutes les dispositions sécuritaires ont été immédiatement prises et l’incendie a été maîtrisé » grâce à l’intervention rapide des forces de défense et des services de protection civile, notamment les sapeurs-pompiers. Les autorités avaient également tenté de rassurer la population en affirmant que la situation était sous contrôle et que les dégâts matériels faisaient l’objet d’évaluations.
À l’époque, des rumeurs contradictoires circulaient. Certaines faisaient état de l’incendie d’un camion militaire transportant des munitions, tandis que d’autres évoquaient des câbles électriques défectueux qui auraient provoqué une surchauffe dans les installations du bataillon des blindés, situé non loin du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA).
Le courant électrique avait été coupé dans toute la zone pendant près d’une heure, avant d’être rétabli vers 6 heures du matin, alors que les détonations venaient à peine de cesser.
Des responsables militaires et gouvernementaux, dont le ministre de la Défense de l’époque, s’étaient rendus sur les lieux pour constater l’ampleur des dégâts aux côtés de la hiérarchie militaire et des responsables des unités concernées.
Malgré la maîtrise rapide de l’incendie, les populations riveraines continuaient, les jours suivants, à subir les conséquences de l’explosion, notamment à travers des odeurs persistantes et l’inquiétude liée à la sécurité des installations militaires en zone habitée.
Une mémoire sélective ?
Vingt-cinq ans après, une question demeure : pourquoi cette tragédie est-elle si peu évoquée dans la mémoire collective nationale ? Pourquoi les victimes de cette explosion ne bénéficient-elles pas de la même reconnaissance mémorielle que d’autres événements marquants de l’histoire récente du pays, notamment les mouvements sociaux de 2007 ?
Pour les familles endeuillées et les survivants, chaque anniversaire de ce drame devrait être un moment de recueillement, de reconnaissance et d’hommage aux disparus ainsi qu’aux blessés qui continuent de vivre avec les séquelles physiques et psychologiques de cette catastrophe.
Au-delà du souvenir, cette date pose aussi la question du devoir de mémoire. Car une nation qui oublie certains de ses drames risque de laisser dans l’ombre des victimes dont la souffrance mérite pourtant reconnaissance, justice et considération.
Fatimatou Diallo





































