Encore une fois, la question de la qualité du carburant refait surface en Guinée. Et avec elle, le même sentiment d’impuissance chez les consommateurs. Moteurs endommagés, pannes inexpliquées, réparations coûteuses : pour de nombreux usagers, faire le plein est désormais un acte à risque. Face à la multiplication des plaintes liées à la vente de carburant impropre, l’Union des Consommateurs de Guinée (UCG) a tiré la sonnette d’alarme, pointant du doigt certaines stations-service mises en cause.
À l’origine de cette nouvelle alerte, des témoignages concordants de consommateurs affirmant avoir acheté du carburant mélangé à de l’eau, avec des conséquences mécaniques parfois irréversibles. « Tout a commencé par la plainte d’un automobiliste dont le moteur a été endommagé après un plein suspect. Deux jours plus tard, d’autres cas similaires nous ont été signalés », explique Ousmane Keita, président de l’UCG et membre de l’Organisation africaine des Consommateurs (OAC).
Rapidement, une première liste de stations incriminées a été rendue publique. Depuis, elle a évolué, même si, selon l’UCG, les plaintes se font aujourd’hui plus rares. Une accalmie qui ne rassure pas pour autant, tant le problème semble structurel et récurrent. Car ce n’est pas la première fois que des véhicules, motos ou même des embarcations maritimes sont victimes de carburant de mauvaise qualité en Guinée.
La question centrale demeure : d’où vient le mal ? Pour l’UCG, les stations-service restent les premiers interlocuteurs et doivent des explications aux consommateurs. « Ce sont elles qui nous servent le carburant, pas la SONAP. Jusqu’à présent, aucune communication publique claire n’a été faite de leur part », déplore Ousmane Keita.
Du côté de la Société nationale des pétroles (SONAP), rencontrée récemment par l’UCG, les causes seraient à chercher ailleurs. Selon les explications fournies, l’absence de dépôts de stockage oblige à un système de livraison directe : le carburant est transféré des navires vers les camions-citernes, puis acheminé vers les stations. Une chaîne logistique fragile, où les risques de contamination seraient plus élevés, notamment entre le transport et la distribution finale.
À cela s’ajoutent les contraintes du port de Conakry. La congestion oblige parfois à interrompre le déchargement des navires pétroliers pour faire place à d’autres bateaux, provoquant des ruptures temporaires dans la distribution. Une situation qui, selon la SONAP, n’est pas liée à un manque de carburant, mais à des dysfonctionnements logistiques.
Face à la gravité des accusations, la SONAP assure avoir pris la pleine mesure du problème. Des contrôles seraient en cours dans les stations signalées par les consommateurs, et des sanctions pourraient suivre. L’entreprise se veut également rassurante sur la qualité de ses stocks, soumis, affirme-t-elle, aux contrôles de la SGS, un organisme internationalement reconnu.
Reste que, pour les consommateurs, les assurances techniques ne suffisent plus. L’UCG plaide désormais pour une surveillance renforcée et un dialogue permanent. Des rencontres périodiques avec la SONAP ont été convenues afin de faire remonter rapidement les alertes du terrain et informer régulièrement le public.
En attendant des mesures concrètes et durables, une certitude s’impose : tant que la chaîne de distribution restera vulnérable et que les responsabilités ne seront pas clairement établies, la méfiance persistera. Et pour des milliers de Guinéens, chaque passage à la pompe continuera de ressembler à une loterie mécanique.
Saliou Keita






































