Édito :
Le bras de fer entre l’opposant historique Cellou Dalein Diallo et le pouvoir en place prend une tournure régionale. Ses avocats dénoncent une « persécution politico-judiciaire » et saisissent la Cour de justice de la CEDEAO, espérant que la voix du droit parvienne là où, selon eux, la politique a fait taire la justice. À moins de deux mois du scrutin présidentiel du 28 décembre, la Guinée rejoue un scénario familier : celui de l’exclusion et du soupçon.
Selon ses conseils, les avocats Amadou Diallo, William Bourdon et Vincent Brengarth, leur client — en exil pour des raisons de sécurité — remplit toutes les conditions légales pour être inscrit sur les listes électorales. Pourtant, l’administration aurait choisi de l’en écarter. Pour eux, il ne s’agit pas d’une simple omission technique, mais d’un acte délibéré d’élimination politique, visant à neutraliser un adversaire sérieux.
Leur requête devant la CEDEAO réclame la reconnaissance de la violation du droit fondamental de Cellou Dalein Diallo à participer à la vie publique et l’ordre adressé à l’État guinéen de le rétablir dans ses droits civils et politiques, notamment par son inscription immédiate. En d’autres termes, c’est le principe même de la compétition électorale équitable qui se trouve placé sous le microscope des juges d’Abuja.
Les avocats de l’ancien Premier ministre préviennent :
« Il est impératif que M. Diallo puisse se présenter à la prochaine présidentielle. Toute autre décision porterait atteinte à ses droits et confirmerait l’absence d’un véritable processus démocratique. »
Mais au-delà du cas Diallo, c’est l’état de santé du pluralisme politique en Guinée qui interpelle. Depuis plusieurs mois, la scène politique vit sous tension, marquée par la suspension de l’UFDG par le ministère de l’Administration du territoire, pour « non-respect des obligations internes ». Officiellement, il s’agissait d’un simple rappel à l’ordre administratif. Pour ses militants, c’était un bâillon de plus dans un espace politique déjà rétréci.
Au fond, cette affaire révèle une vérité amère : la démocratie guinéenne reste fragile, souvent soumise aux rapports de force plutôt qu’à la primauté du droit. Si la CEDEAO venait à trancher en faveur de Cellou Dalein Diallo, ce serait bien plus qu’une victoire personnelle. Ce serait un rappel salutaire : aucune transition ne peut se prétendre légitime si elle ne garantit pas la libre expression du suffrage et la pluralité des voix.
Dans cette bataille juridique et symbolique, la Guinée se trouve une fois encore à la croisée des chemins — entre l’État de droit proclamé et le pouvoir de fait imposé.
Alpha Amadou Diallo






































