Une fois de plus, Conakry se réveille au ralenti, étranglée par une pénurie d’essence devenue presque routinière. Depuis la nuit du lundi 24 au mardi 25 novembre, la capitale vit au rythme de files interminables devant les stations-service. À Sonfonia, Lambanyi, Taouyah, Hamdallaye ou Bonfi, le même décor se répète : des foules épuisées, des moteurs coupés, des heures perdues et une circulation paralysée.
Ce ballet du manque est devenu tristement familier. Et comme à chaque crise, le marché noir s’enflamme aussitôt. À Bonfi, un motard rencontré ce mardi raconte que le litre d’essence se vend désormais entre 20 000 et 25 000 francs guinéens, soit plus du double du prix normal. La loi de la rareté, aussi brutale qu’implacable, dicte une fois encore ses règles à une population déjà éprouvée.
Ce qui choque autant que la pénurie elle-même, c’est le silence. Un silence lourd, presque méprisant. La SONAP, pourtant responsable de l’approvisionnement du pays, ne souffle mot. Pas un communiqué. Pas une explication. Pas même une esquisse de réponse à cette rupture récurrente — la deuxième en moins de deux mois. Et pendant que les autorités observent, les Guinéens, eux, subissent.
Dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, la situation n’est guère meilleure. Partout, la même frustration, la même colère contenue, la même lassitude face à un système d’approvisionnement qui semble incapable de se stabiliser. Ce manque d’anticipation, de transparence et de gestion rigoureuse interroge, une fois de plus, l’efficacité d’une filière pétrolière essentielle mais trop souvent défaillante.
En attendant que les responsables daignent enfin communiquer, expliquer, ou — mieux encore — agir, ce sont les automobilistes, les transporteurs, les taxis-motos et les simples citoyens qui paient le prix fort. Un prix qui se mesure en heures perdues, en revenus amputés, en stress accumulé… et en confiance qui s’érode.
Conakry manque d’essence, mais c’est surtout de visibilité, de responsabilité et de respect qu’elle se trouve dramatiquement privée.
Aziz Camara






































