Mercredi, à Dubréka, le Premier ministre Amadou Oury Bah s’est incliné sur la tombe du Général Lansana Conté, figure centrale de l’histoire politique guinéenne. Mais ce geste, plus qu’un hommage, a résonné comme un rappel : celui d’une continuité, parfois chaotique, du destin national.
Pour comprendre la portée de ce moment, il faut remonter au 3 avril 1984. Ce jour-là, la Guinée, encore sous le choc de la mort d’Ahmed Sékou Touré, basculait dans une nouvelle ère. Le jeune colonel Lansana Conté, à la tête du Comité militaire de redressement national (CMRN), s’imposait comme l’homme fort du pays. Son coup d’État mettait fin à 26 ans de règne sans partage du PDG et ouvrait la voie à une gouvernance qui allait durer près d’un quart de siècle.
Conté restera dans la mémoire collective comme celui qui a tenté d’ouvrir la Guinée au multipartisme et au marché, sans pour autant réussir à briser l’emprise des crises politiques et sociales. Son héritage est ambivalent : autoritarisme assumé, mais aussi une volonté de rompre avec l’isolement d’hier.
C’est à cet héritage qu’Amadou Oury Bah s’est référé : « Nous sommes un maillon d’une longue chaîne qui va se poursuivre », a-t-il rappelé. Dans ses mots, le parallèle était clair : l’élan de réforme amorcé dans les années 1990 sous Conté trouverait aujourd’hui une résonance dans la refondation engagée par le Général Mamadi Doumbouya.
En reliant le passé au présent, le Premier ministre esquisse une fresque où chaque régime, malgré ses contradictions, s’inscrit dans une trajectoire commune : celle d’une Guinée en quête de stabilité et de démocratie. « Il faut rendre hommage et prier que notre processus démocratique aille en se renforçant », a-t-il plaidé, comme pour conjurer les spectres d’une transition déjà plusieurs fois compromise.
Ainsi, à Dubréka, ce n’est pas seulement le souvenir d’un homme que l’on honorait, mais l’histoire même d’une nation qui cherche, encore et toujours, à se réinventer.
Algassimou L Diallo






































