Le déguerpissement n’est jamais un acte neutre. Sur la transversale T4, il a d’abord pris des allures de rupture brutale avant de se muer en promesse de réorganisation. Après l’évacuation des encombrants physiques, le gouvernement assure avoir pris la mesure de la détresse des femmes d’Enco 5, principales victimes collatérales de l’opération, en aménageant des espaces dédiés destinés à leur permettre de poursuivre leurs activités commerciales dans des conditions jugées plus sûres et plus dignes.
Sur le terrain, des cadres de la Direction nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme se sont déplacés pour constater l’état d’avancement des travaux sur les deux sites attribués aux marchandes. Un signal que les autorités veulent fort : le déguerpissement ne serait pas une fin en soi, mais une étape vers une ville mieux organisée.
Le message politique est clair. « Le président Mamadi Doumbouya a entendu les cris de cœur des femmes et a pris les décisions nécessaires pour leur sécurité », a déclaré Amadou Doumbouya, directeur national de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, appelant les concernées à la patience. Une patience présentée comme le prix à payer pour une installation « en toute sécurité ».
À Matoto, le président de la délégation spéciale salue, lui, l’attitude des femmes déguerpies, qu’il qualifie de courageuse et responsable. Il rappelle qu’autrefois, une telle opération aurait inévitablement dégénéré. « Il fut un temps où cela était impensable », confie-t-il, soulignant que cette fois, les femmes ont accepté de libérer l’espace dans l’espoir d’un cadre de travail plus décent.
Ce changement de posture est interprété par les autorités comme une adhésion au projet de développement porté par le gouvernement. Reste toutefois une question de fond : l’urbanisme peut-il durablement se construire sur la base de la patience des plus vulnérables ? L’aménagement promis devra rapidement se traduire en actes concrets, car en matière de déguerpissement, la crédibilité de l’État se mesure moins aux discours qu’à la réalité des installations offertes.
Fatimatou Diallo






































