Ce vendredi matin, le soleil n’avait rien d’exceptionnel. Il était aux environs de 9 heures, une heure banale, presque rassurante. Le genre de moment où l’on croit encore que le danger appartient à la nuit. C’est pourtant en plein jour que Néné Oussou Diallo, militante de l’UFDG, a disparu, emportée par des hommes en uniforme, cagoulés et lourdement armés. Sans mandat. Sans explication. Sans destination connue.
Trois Land Cruiser blancs, un véhicule bleu, arrivés « en trombe ». Le décor est planté. La scène, racontée par un témoin qui a requis l’anonymat, a la précision glaçante des récits que l’on n’oublie pas. Les voitures s’arrêtent à l’extérieur du quartier, les hommes descendent, foncent. Pas de palabres, pas d’hésitation. L’opération est manifestement préparée.
Néné Oussou Diallo était assise sur sa terrasse. Elle déjeunait. Elle se préparait pour un mariage. À ses côtés, une jeune femme venue, officiellement, pour une décoration de cérémonie. Officieusement, selon plusieurs témoins, un appât. Une indicatrice. Le piège se referme sans bruit, jusqu’au fracas de l’irruption.
Les hommes prennent d’assaut la concession. Néné Oussou crie, en pular : « Aidez-moi, on m’a kidnappée ! » Le mot est lâché, cru, sans détour. Mais le temps de comprendre, le temps de réagir, il est déjà trop tard. Elle est embarquée de force, jetée dans un véhicule, direction inconnue.
Depuis, plus rien. Téléphone muet. Silence total.
Le témoin se souvient d’une conversation, avant les élections. Néné Oussou Diallo disait se savoir recherchée. Elle pensait que la menace était liée au contexte électoral, passagère peut-être. Après le scrutin, elle s’était rassurée. Elle croyait le danger écarté. Erreur. L’arrestation ou plutôt l’enlèvement n’était pas annulée, seulement différée.
Les signes étaient pourtant là. Des blogueurs, jusque dans la diaspora, évoquaient une arrestation imminente. Les rumeurs circulaient. L’angoisse aussi. Et puis ce vendredi matin, l’irréversible.
Les véhicules n’étaient même pas immatriculés. Les hommes, cagoulés. En tenue militaire. Autant dire l’impossibilité totale d’identifier qui que ce soit. Alors vers qui se tourner ? La police ? Le quartier ? Déposer plainte contre des hommes censés incarner l’autorité et la protection ? Le témoin pose la question, presque naïvement, presque désespérément : « Si ceux qui sont censés nous défendre viennent pour nous arrêter, vers qui devons-nous aller ? »
Personne n’a rien cassé. Pas besoin. La violence était ailleurs, brutale, humaine. Lorsqu’elle a tenté de se débattre, trois hommes sont intervenus. L’un à la gorge. L’autre aux hanches. Le troisième aux pieds. Une prise méthodique, militaire. Efficace. Terrifiante.
Aujourd’hui, l’appel est simple, presque minimaliste : aider à la retrouver. Rien de plus. Rien de moins. « C’est une citoyenne de ce pays », insiste le témoin. Une femme qui a le droit de s’opposer. Le droit de parler. Le droit d’exister politiquement.
Mais dans un pays où des personnalités connues disparaissent sans laisser de traces, que vaut la vie, la voix, la liberté d’une citoyenne ordinaire ? La question reste suspendue, lourde, sans réponse.
Alors personne n’est allé nulle part. Ni commissariat, ni brigade. Juste l’attente. Et la peur. Et ce silence épais qui, en uniforme, s’installe un peu plus chaque jour comme une norme.
Algassimou L Diallo




































