Il y a des signaux qui ne trompent pas. Et en Guinée, ces signaux virent au rouge écarlate. L’enlèvement de Massa Douago Guilavogui, directeur adjoint de campagne du Bloc Libéral, n’est pas un fait isolé : il s’ajoute à une longue liste d’arrestations et de disparitions forcées qui, de semaine en semaine, creusent un peu plus le fossé entre le discours officiel et la réalité du terrain.
Aboubacar Yéro Baldé, candidat du Front démocratique de Guinée (FRONDEG), n’a pas mâché ses mots. En évoquant les cas successifs de Foniké Mengué, Billo Bah, Habib Marwane Camara, Sadou Nimaga, Djeliman Kouyaté, Sannasy Keita, ou encore les enfants de l’artiste Elie Kamano, il pointe ce que beaucoup murmurent désormais à voix basse : la dérive sécuritaire n’est plus un accident, mais une tendance lourde.
Pour Yéro Baldé, le moment ne pourrait être plus grave. À l’heure où la Guinée s’apprête à un rendez-vous électoral décisif, voir des citoyens – souvent engagés, parfois simplement critiques – disparaître dans des conditions opaques, c’est miner les fondations mêmes de la démocratie que l’on prétend bâtir.
« Ces pratiques, répétées et ciblées, ne sont pas de simples faits divers », martèle-t-il. Elles sapent la confiance civique, menacent la stabilité sociale et défigurent le paysage démocratique. Plus encore : elles rendent suspecte la crédibilité du processus électoral.
Au nom du FRONDEG, Yéro Baldé exprime une inquiétude profonde qui dépasse son camp politique. C’est l’idée même d’État de droit qui vacille lorsque la peur remplace le débat et que l’intimidation prend le pas sur la confrontation démocratique. D’où son appel pressant aux autorités de transition : faire toute la lumière sur l’enlèvement de Massa Douago Guilavogui, élucider les nombreux cas antérieurs, et surtout garantir la sécurité de tous – politiques, acteurs sociaux, simples citoyens.
Son avertissement résonne comme une mise en garde nationale : la Guinée ne doit pas devenir un pays où les voix discordantes sont réduites au silence par la force ou par la menace.
« Notre patrie mérite mieux », insiste-t-il, rappelant qu’une nation ne se construit pas dans l’opacité, mais dans le respect des libertés et la protection de chaque Guinéenne et chaque Guinéen.
À l’approche de l’élection, l’enjeu dépasse la conjoncture. Il touche au contrat social lui-même : voulons-nous un pays qui avance par la persuasion ou par la disparition ?
Yéro Baldé a choisi son camp. Reste à savoir si la transition entendra l’alerte avant qu’il ne soit trop tard.
Amadou Diallo






































