Chronique – Quand les murs s’effritent, c’est la République qui tremble
Il y a des vérités qu’on ne peut plus contourner. Ce lundi 17 novembre, en plénière, le Conseil National de la Transition (CNT) a eu le courage — ou simplement le devoir — de les dire tout haut : la Guinée s’abîme dans ses murs. Nos écoles, nos bureaux administratifs, nos symboles d’autorité républicaine… tout s’écroule, à force d’être ignoré, oublié, relégué au second plan des priorités.
Ce diagnostic n’a rien d’une découverte. Il résonne plutôt comme une sonnette d’alarme qu’on a trop longtemps repoussée. Mais cette fois, elle retentit du cœur même de l’institution qui prépare le pays au retour à la normalité institutionnelle.
Des écoles sous hangars, des élèves sous pression
Le rapport du CNT est sans détour : dans plusieurs localités, il n’y a même plus de classes dignes de ce nom. Les cours se donnent sous des hangars bricolés ou dans des salles multigrades où se mêlent niveaux et âges, comme si l’avenir pouvait se bâtir au hasard.
En 2025, la Guinée scolarise encore ses enfants dans des conditions qui relèvent de l’urgence humanitaire. Le CNT en appelle donc à un programme massif de construction et de rénovation, tout en rappelant une autre crise silencieuse : celle du manque d’enseignants. Il en faudrait 18 000 de plus. Dix-huit mille. Un gouffre.
Des administrateurs sans bureaux, un État sans visage
Le constat est tout aussi accablant dans l’administration territoriale. Comment restaurer l’autorité de l’État quand certains sous-préfets reçoivent leurs administrés… dans leur salon ? Quand les bâtiments officiels tombent en ruine ? Quand même les préfets, censés incarner l’État dans toute sa solennité, ne disposent pas de logements administratifs ?
On ne peut pas demander au citoyen de respecter ce que l’État lui-même n’incarne plus.
Le CNT propose alors une réponse : dès 2026, lancer un vaste programme national de reconstruction et d’équipement, ciblant d’abord les localités les plus sinistrées. Avec eau potable, électricité, équipements, suivi budgétaire… bref, un minimum vital pour un fonctionnement normal de la République.
Aéroports régionaux : chantiers en pause, confiance en berne
Le rapport aborde enfin un autre symbole d’abandon : les aéroports régionaux. Annoncés avec emphase, financés en partie, mais ralentis au point que certains chantiers sont aujourd’hui quasi à l’arrêt.
Le rapporteur général, N’Gouamou Fabara Koné, n’a pas mâché ses mots : derrière ce blocage, c’est la crédibilité de l’État qui vacille.
Le CNT demande donc au gouvernement de remettre de l’ordre, de la rigueur, et surtout du suivi dans ces projets qui devraient désenclaver le pays au lieu de devenir des elefanteaux budgétaires.
La chronique d’une évidence : réparer le pays ou le regarder s’effondrer
Ce rapport n’est pas seulement un ensemble de recommandations techniques. C’est un miroir. Il renvoie une image dérangeante : celle d’un pays où les structures s’écroulent plus vite que les décisions ne s’appliquent.
La question qui reste suspendue — lourde, mais incontournable — est simple :
Le CNT a décrit l’état de la maison Guinée.
Le gouvernement aura-t-il le courage de commencer les réparations ?
Algassimou L Diallo






































