Le gouvernement guinéen tente de calmer la tempête politique provoquée par la dissolution d’une quarantaine de partis politiques, dont plusieurs grandes formations de l’opposition. Lundi 9 mars 2026, le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a rencontré le corps diplomatique accrédité à Conakry pour expliquer les motivations de cette décision controversée.
Annoncée dans la nuit du 6 au 7 mars par le ministre de l’Administration du territoire, Ibrahima Kalil Condé, la mesure a suscité une vive réaction au sein de la classe politique et des organisations de la société civile.
Une décision basée sur la légalité, selon le gouvernement
Devant les diplomates, le chef de la diplomatie guinéenne a insisté sur le caractère légal et non politique de la décision.
« Il s’agit d’une décision impersonnelle et strictement fondée sur le respect de nos lois et règlements. Cette décision souveraine relève de l’exercice normal de l’autorité de l’État », a-t-il déclaré, soulignant qu’il s’agissait également d’un devoir de transparence vis-à-vis des partenaires internationaux de la Guinée.
Selon lui, cette rencontre visait à expliquer la démarche des autorités dans un esprit de courtoisie diplomatique.
Les grands partis d’opposition concernés
Parmi les formations dissoutes figurent notamment l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et l’Union des forces républicaines (UFR), des partis majeurs du paysage politique guinéen.
Les autorités reprochent à ces formations de ne pas s’être conformées aux nouvelles exigences légales encadrant le fonctionnement des partis politiques, notamment en matière d’organisation interne et de présence administrative sur le territoire national.
Une étape de la « refondation » politique
Dans ses explications, Morissanda Kouyaté a replacé cette décision dans le cadre du processus de refondation engagé durant la transition politique.
Il a rappelé que les partis politiques avaient été invités à se conformer aux nouvelles règles à travers des audits et des inspections de leurs sièges. Des délais leur auraient également été accordés pour régulariser leur situation administrative et organisationnelle.
Selon les autorités, les partis disposaient notamment jusqu’au 25 mai pour :
- actualiser leurs statuts et règlements intérieurs,
- organiser des congrès de mise en conformité,
- fournir des preuves d’implantation administrative dans les préfectures.
Les formations n’ayant pas satisfait à ces exigences ont donc été dissoutes, conformément à la législation en vigueur, selon le gouvernement.
Une décision qui continue d’alimenter la controverse
Malgré ces justifications officielles, la décision continue de provoquer des débats au sein de l’opinion publique. Pour l’opposition et plusieurs acteurs de la société civile, cette vague de dissolutions soulève des interrogations sur le pluralisme politique dans un contexte déjà marqué par la transition.
Du côté des autorités, le discours reste ferme : il s’agit d’une décision relevant de la souveraineté nationale et de l’application stricte de la loi.
Reste désormais à savoir quel impact cette décision aura sur la recomposition du paysage politique guinéen à l’approche des prochaines échéances électorales.
Moussa Aziz Camara



































