Malgré les milliers de morts enregistrés dans les déserts et en Méditerranée, l’immigration clandestine continue de s’intensifier en Afrique de l’Ouest. La Guinée figure désormais parmi les principaux pays d’origine des jeunes migrants empruntant les routes périlleuses vers le Maghreb et l’Europe, un phénomène devenu à la fois social, économique et humain.
Interrogé sur cette situation préoccupante, Moussa Baldé, président du parti République Émergente et Moderne (REM) et membre de l’Alliance des forces démocratiques de Guinée (AFDD), dit ressentir une profonde angoisse face à ce qu’il qualifie de « tragédie silencieuse ».
« Derrière chaque départ, il y a des visages, des rêves et, trop souvent, des larmes de mères qui attendent un appel qui ne viendra jamais », a-t-il confié lors d’un entretien téléphonique avec notre rédaction.
Une réponse économique et sociale
Pour enrayer ce fléau, le président du REM plaide pour une approche qu’il veut « concrète », afin que « plus aucun jeune Guinéen ne se sente obligé de mourir pour réussir ».
- Transformer la terre en richesse
Moussa Baldé propose de moderniser l’agriculture à travers la création d’« agro-villages modernes », dotés d’électricité, d’accès à Internet et de matériels partagés. L’objectif est de redonner à l’agriculture sa dignité économique.
« Il faut que le jeune qui cultive la tomate à Mamou gagne mieux sa vie que celui qui lave des assiettes clandestinement à Paris. C’est une question de dignité autant que d’argent », insiste-t-il.
- Faire du projet Simandou une “école de la nation”
Selon lui, le projet minier de Simandou doit devenir un véritable moteur d’emplois qualifiés. Il plaide pour l’insertion de clauses de formation et de transfert de compétences dans les contrats miniers.
« Nous ne voulons pas seulement des jeunes qui gardent des barrières, mais des jeunes qui pilotent des machines et gèrent la logistique », affirme-t-il, estimant que chaque jeune Guinéen doit pouvoir se projeter dans l’avenir à partir de ce projet stratégique.
- Le numérique pour briser les frontières sans partir
Autre levier proposé : le numérique. Moussa Baldé appelle l’État à créer des maisons du digital dans les grandes villes du pays.
« Un jeune de Kankan peut apprendre le design ou la programmation et travailler pour une entreprise à New York ou à Dubaï, tout en restant en Guinée », soutient-il.
- Financer le courage, pas seulement les diplômes
Convaincu que les jeunes disposent déjà du courage nécessaire, il suggère de le canaliser vers l’entrepreneuriat, notamment à travers des prêts d’honneur garantis par l’État, à taux zéro ou très réduit.
« Si l’État fait confiance à un jeune, ce jeune reprendra confiance en son pays », affirme-t-il.
« La plus grande richesse de la Guinée, c’est sa jeunesse »
Dans un message appuyé à la jeunesse guinéenne, Moussa Baldé rappelle que « ni la bauxite ni l’or ne valent une seule goutte de sang d’un jeune ». Il dénonce « l’illusion européenne », qui selon lui « enrichit des réseaux criminels et appauvrit nos familles ».
S’appuyant sur son expérience au sein de l’association France Terre d’Asile à Paris, où il a accompagné de nombreux jeunes migrants, notamment guinéens, il évoque une désillusion récurrente.
« Tous parlent de l’écart brutal entre l’Europe qu’ils imaginaient et la réalité implacable qu’ils découvrent après une traversée souvent traumatisante », témoigne-t-il.
Le responsable politique appelle ainsi les jeunes à rester pour construire le pays et exhorte les parents à décourager l’immigration clandestine.
« Ne sacrifiez pas vos enfants sur l’autel de la comparaison sociale. La réussite, c’est d’être vivant et utile chez soi », martèle-t-il.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 33 220 personnes sont mortes ou portées disparues en Méditerranée et 17 768 sur le continent africain entre 2014 et 2025 lors de tentatives de migration vers l’Europe un bilan humain qui continue de s’alourdir.
Marliatou Sall





































