Vendredi, dans une atmosphère à la fois solennelle et attentive, le ministre de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara, a franchi les portes du Bureau des avocats de Guinée. Une première visite officielle qui sonne comme un signal : celui d’un dialogue direct et d’une volonté affichée de retisser les liens entre la Chancellerie et le Barreau.
Face aux robes noires, le garde des Sceaux a choisi le ton de l’écoute plutôt que celui de l’autorité. « Notre première visite aujourd’hui n’est pas pour trop parler, c’est pour venir beaucoup plus écouter », a-t-il déclaré d’emblée, reconnaissant le rôle central du Barreau dans l’architecture judiciaire. Un « maillon essentiel », selon ses propres termes, sans lequel aucune réforme durable ne peut prospérer.
Dans la salle, les regards sont attentifs. Le ministre revient sur son discours d’installation, balayant toute idée d’effet d’annonce. « Ce n’était pas un simple discours », insiste-t-il. Magistrat de formation, fort de dix-sept années passées sur la chaîne pénale, il place les droits de l’homme au cœur de sa mission. Une « boussole », dit-il, qui orientera son action à la tête du département.
En face, les avocats, défenseurs par essence des libertés publiques, entendent un engagement : celui d’un accompagnement dans le combat pour la protection des droits fondamentaux. « Vous pouvez compter sur moi », assure le ministre, scellant une promesse de collaboration renforcée.
Mais au-delà des principes, c’est la méthode qui retient l’attention. Ibrahima Sory II Tounkara plaide pour une dynamique collective. Magistrats, greffiers, avocats, notaires, huissiers : tous appelés à « changer ensemble cette maison ». Une formule forte, qui traduit la conscience des défis structurels auxquels fait face l’appareil judiciaire guinéen.
Le ministre encourage également l’ouverture accrue de la profession d’avocat par l’organisation de concours, avec un mot d’ordre : compétence et intégrité. « Il faut qu’on la change ensemble », répète-t-il, appelant à dépasser les corporatismes et les réflexes de défense catégorielle.
Le message est clair : il ne s’agit plus de juxtaposer les intérêts, mais de construire une justice crédible, sereine et responsable. « On va analyser de façon très responsable tout ce qui ne va pas dans cette maison, ensemble, pour qu’on puisse corriger », conclut-il.
Reste désormais à transformer l’écoute en actes. Car dans une Guinée en quête de confiance institutionnelle, la restauration de l’image de la justice ne se décrète pas : elle se bâtit, pierre après pierre, dans la concertation et la cohérence.
Saliou Keita






































