À Kankan, la pénurie de carburant n’est plus seulement une crise logistique : elle est devenue le symptôme d’un système parallèle qui prospère au vu et au su de tous. Ce jeudi 20 novembre, les forces de défense et de sécurité ont décidé de rompre avec l’inaction en lançant une opération coup de poing contre la vente illicite de carburant. Une descente musclée qui a abouti à l’interpellation de six pompistes et à la saisie de dizaines de bidons, révélant l’ampleur d’un trafic qui gangrène la région.
Aux premières heures de la matinée, dans les rues de Nabaya, policiers, autorités préfectorales et municipale ont quadrillé les points sensibles. Le gouverneur lui-même s’est déplacé pour constater l’étendue du fléau : un marché noir où le litre s’arrache jusqu’à 13 000 francs, parfois davantage, selon les constats du colonel Fodé Soumah. Dans une économie déjà fragilisée, cette surenchère alimente la colère des citoyens et creuse encore plus la fracture sociale.
Mais le plus troublant reste l’implication présumée de certains pompistes. Ils seraient accusés par des revendeurs clandestins de surtaxer le remplissage des bidons, nourrissant ainsi un commerce parallèle devenu plus rentable que les activités légales. Six d’entre eux ont été mis en garde à vue. Une première, mais aussi un signal fort envoyé à ceux qui jouent contre l’intérêt public.
Les chiffres, eux, parlent d’eux-mêmes : 24 bidons de gasoil et 14 d’essence saisis. Un trafic si lucratif qu’un simple bidon de 20 litres peut se vendre jusqu’à 300 000 francs, une absurdité qui défie toute logique économique, sinon celle du chaos.
L’opération ne s’arrête pas là. Elle se veut le début d’un assainissement durable, promet le colonel Soumah. Car à Kankan, certains ont abandonné toute autre activité pour faire du carburant un business juteux, revendant à 20 000, 25 000, voire 30 000 francs le litre. Une dérive intenable, qui transforme la pénurie en opportunité criminelle et menace la cohésion sociale.
L’État n’a plus le choix : frapper fort, frapper juste, et surtout frapper durablement. Car laisser prospérer ce marché noir, c’est accepter que la loi du plus fort supplante celle de la République. Kankan mérite mieux qu’une économie de bidons et de spéculation. Elle mérite un retour à l’ordre, à la justice, et à une gestion transparente du carburant bien devenu aussi essentiel que l’air que l’on respire.
Mohamed Traoré






































