Il y a des lieux qui racontent l’histoire mieux que les livres. Timbo, ancienne capitale du Fouta, en est un. Mais à quelques mètres des ruines de l’ancien bureau colonial, gît un pan silencieux de cette mémoire, enseveli sous l’oubli : un cimetière français, abandonné à la merci des herbes, du temps… et de l’indifférence.
Près d’une centaine de soldats, d’administrateurs ou d’ouvriers français y reposent. Ils ne sont peut-être plus connus, mais ils ont été acteurs – parfois victimes – d’un chapitre crucial de l’histoire commune entre la France et la Guinée. Ces hommes ont vécu, œuvré, certains sont morts ici, bien avant et pendant la colonisation. Parmi leurs traces, on trouve des morceaux de notre propre mémoire nationale : la ligne de chemin de fer Conakry–Kankan, longue de 662 km, construite à la sueur, au sang, à la vie de Guinéens et de Français. Aujourd’hui, cette voie ferrée est presque effacée, tout comme ceux qui ont contribué à sa réalisation.
Qu’ils aient été des colons ou des bâtisseurs, ces Français de l’époque coloniale font partie de l’histoire de la Guinée. Et si la séparation entre les deux pays fut brutale – ce fameux “NON” de 1958 qui a mis fin à une relation inégale –, faut-il pour autant ensevelir la mémoire de ce passé partagé, même douloureux ? Faut-il laisser à l’abandon les derniers vestiges de ce lien, même s’il fut conflictuel ? Un adage peul dit : « Quand l’eau se verse dans le sable, on ne peut plus la recueillir. » Certes. Mais cela ne signifie pas que l’on doive tourner le dos aux traces qu’elle a laissées.
Aujourd’hui, le cimetière de Timbo est envahi par les broussailles. Des citoyens comme Barry Abdoul Aziz (Bacos), gardien de mémoire malgré lui, se battent seuls pour entretenir ce lieu, interpellent les autorités, écrivent à l’ambassade de France… en vain. Aucun signe de reconnaissance, ni de Conakry, ni de Paris. Pourtant, ce site pourrait devenir un espace historique, un lieu de mémoire, voire un atout touristique, au même titre que le Tata d’Almamy Sory.
Oublier ces tombes, c’est refuser de regarder l’Histoire en face. Ce n’est pas seulement de la négligence ; c’est une deuxième mort infligée à ces hommes, et à travers eux, à notre propre conscience historique. Car on ne construit pas l’avenir sur l’amnésie. Il est temps que la France, tout comme la Guinée, assume cette page de leur passé commun. Il est temps de faire de Timbo un lieu de mémoire digne.
L’histoire ne demande pas toujours pardon, mais elle exige, au moins, qu’on la respecte.
Alpha Amadou Diallo




































