Édito
Mamou s’est réveillée, ce dimanche 23 novembre 2025, avec un goût amer de tragédie. Encore une fois. Encore trop tôt. Sur l’axe très fréquenté du quartier Sérè, secteur Loppè Kènè, un dépassement hasardeux a suffi à transformer une matinée ordinaire en scène de désolation : trois morts, dix blessés, des familles brisées et une communauté sous le choc.
Selon le rapport livré par la gendarmerie routière, le drame s’est produit aux alentours de 10 heures. Trois véhicules sont impliqués : un camion-citerne, un camion et une Toyota Corolla Verso. Le premier, ayant quitté sa trajectoire, a percuté des passants avant d’entraîner une collision dont l’onde de choc résonne encore.
Le capitaine Faliko Delamou, commandant adjoint de la compagnie de sécurité routière de Mamou, a dressé un bilan humain d’une froideur déchirante. Trois vies arrachées :
– Mamadou Baylo Diallo, 51 ans ;
– Moussa Keita, apprenti chauffeur de 19 ans, décédé à l’hôpital ;
– l’adjudant Mohamed Lamine Kanté, 33 ans, militaire au bataillon spécial des blindés.
Dix blessés s’ajoutent à cette liste sombre, parmi lesquels une fillette de trois ans, plusieurs jeunes adultes et le chauffeur du camion-citerne, hospitalisé. La Toyota Corolla Verso, dans laquelle se trouvaient la plupart des blessés, n’est plus qu’une carcasse déformée.
Face aux rumeurs et interprétations hâtives, le capitaine Delamou insiste : l’enquête préliminaire est formelle. C’est un dépassement défectueux qui a déclenché le chaos. Rien d’autre. Rien qui puisse dédouaner l’imprudence, la vitesse ou la négligence qui gangrènent nos routes.
Et comme lors de chaque drame — trop fréquent pour qu’on s’y habitue, trop banal pour qu’on le comprenne — l’appel à la prudence résonne encore. « Réduire la vitesse, respecter les règles de circulation », martèle le capitaine. Un discours que la Guinée connaît par cœur, mais que trop de conducteurs ignorent encore.
Cet accident à Mamou n’est pas qu’une tragédie locale : il est le miroir d’un fléau national. Nos routes tuent, non par fatalité, mais par irresponsabilité. Chaque dépassement dangereux, chaque imprudence, chaque minute gagnée sur le temps devient parfois une vie perdue sur l’asphalte.
À Mamou, trois familles pleurent aujourd’hui des êtres chers. Dix autres retiennent leur souffle à l’hôpital. Et nous, collectivement, devons nous interroger : combien de bilans faudra-t-il encore pour que la sécurité routière cesse d’être un vœu pieux et devienne enfin une priorité nationale ?
Parce qu’au-delà des chiffres, ce sont des vies. Des vies qu’on aurait pu sauver. Des vies qu’on doit protéger. Chaque jour, à chaque virage, sur chaque route de Guinée.
Algassimou L Diallo






































