Un an après l’une des pires tragédies sportives de l’histoire récente de la Guinée, le souvenir reste douloureux et les questions sans réponse. Le 1ᵉʳ décembre 2024, des dizaines de personnes ont perdu la vie lors d’un match de football à Nzérékoré, dans une bousculade survenue dans un stade surchargé. Officiellement, le gouvernement fait état de 56 morts. Mais sur place, les ONG avancent un chiffre choc : plus de 140 victimes, en grande majorité des mineurs.
Ce drame est survenu à l’occasion de la finale d’un tournoi dédié à la gloire du général Mamadi Doumbouya et largement soutenu par des structures proches du pouvoir. À Nzérékoré, tout avait été préparé pour une démonstration de force : communication massive, mobilisation populaire, afflux d’invités et transport gratuit pour les supporters. Le stade du 3-Avril de Zaly, pourtant exigu et en rénovation depuis plus de dix ans, n’a pas résisté au raz-de-marée humain.
La tension monte après un coup de sifflet contesté et l’intervention intempestive de personnalités politiques dans l’arbitrage. Des projectiles sont lancés, les forces de l’ordre répliquent par des gaz lacrymogènes. La panique s’empare des tribunes. Dans un stade équipé d’une seule sortie fonctionnelle, la catastrophe devient inévitable. La foule s’effondre, se piétine, suffoque.
Depuis, aucune révision du bilan officiel. Les ONG de la région forestière assurent que l’État a tenté de minimiser l’ampleur de la tragédie. Elles affirment que des agents des forces de sécurité ont discrètement évacué des corps vers un camp militaire. Plusieurs familles n’ont, à ce jour, toujours pas retrouvé leurs proches.
Face au silence des autorités, des familles endeuillées ont porté plainte contre les organisateurs du tournoi, mais aussi contre les ministres des Sports et de l’Élevage. Les accusations sont lourdes : meurtre, homicide involontaire, mise en danger d’autrui, recel de cadavres. Pourtant, malgré les auditions des parties civiles, aucune suite judiciaire concrète n’a été donnée, déplore leur avocat, Me Paul Lazard Gbilimou.
Pour Emmanuel Fassou Sagno, président du collectif des ONG de Nzérékoré, la douleur reste vive : « Le fait qu’à ce jour il n’y ait toujours pas justice pousse les familles au désespoir. Elles se sentent totalement abandonnées. »
Ce 1ᵉʳ décembre, à Nzérékoré, une cérémonie est organisée en mémoire des victimes. Une nouvelle occasion pour les familles d’exiger vérité et justice, alors qu’un an s’est écoulé sans que l’État ne rende le moindre compte sur cette tragédie nationale.
Source: Rfi






































