L’heure est venue, dit-on, pour les candidats à la présidentielle du 28 décembre de prouver qu’ils sont « aptes » à diriger le pays. Après l’installation du collège médical chargé d’évaluer les postulants, la scène s’est déplacée à Camayenne, où chacun vient passer sa visite d’aptitude physique et mentale. Parmi les premiers à s’y prêter : Amadou Kindel Diallo, jeune président de la Nouvelle Dynamique, candidat indépendant plein d’assurance — peut-être un peu trop.
Souriant devant les caméras, il s’est voulu rassurant : « Je suis apte à être président de la République. Les médecins en sont convaincus », a-t-il affirmé, visiblement confiant dans le verdict médical. Une déclaration teintée d’enthousiasme, mais aussi d’un certain triomphalisme, comme si la santé suffisait à garantir la lucidité politique ou la maturité d’un projet national.
Car au-delà de la bonne forme physique, la vraie épreuve reste celle du réalisme. Dans un pays où la politique est souvent synonyme de luttes d’appareils et d’alliances d’intérêts, un candidat sans parti solide, sans ancrage territorial ni base électorale identifiable, court le risque d’apparaître plus comme un symbole de bonne volonté que comme une alternative crédible.
Beaucoup d’internautes n’ont d’ailleurs pas manqué de railler sa démarche, estimant qu’il a « jeté son argent par la fenêtre » en versant les 900 millions GNF de caution exigés. Mais le jeune candidat, imperturbable, rétorque : « Nous avons un projet pour la nation… Nous sommes sûrs de gagner. » Une certitude désarmante, tant elle semble ignorer la dure réalité du terrain électoral guinéen, dominé par des poids lourds politiques et des appareils bien huilés.
Son programme, articulé autour de neuf axes, met en avant la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance, la réforme du système éducatif et la transformation des ressources naturelles. Des thèmes nobles, certes, mais qui peinent à se distinguer des promesses habituelles entendues à chaque élection. Et quand il assure qu’avec sa « Nouvelle Dynamique », « l’emploi sera garanti pour tous », on se demande si l’utopie n’a pas pris le pas sur la lucidité.
Amadou Kindel Diallo revendique l’ambition d’un « coup KO » dès le premier tour. Mais en politique, la confiance ne suffit pas : il faut des structures, une vision concrète et un peuple prêt à suivre. La jeunesse est une force, mais sans stratégie, elle reste un cri d’espoir dans le désert.
Dans cette campagne où la santé des candidats semble plus médiatisée que la santé démocratique du pays, le vrai test ne sera pas la visite médicale, mais l’épreuve des urnes. Et là, seuls les plus enracinés résisteront au choc de la réalité.
Algassimou L Diallo




































