Entretien avec le Pr Lamarana-Petty Diallo, universitaire, journaliste et analyste politique
Moins de 72 heures après le scrutin du 28 décembre 2025, le Pr Lamarana-Petty Diallo dresse un bilan sans détour d’une présidentielle qu’il juge historique. Entre maturité politique du peuple, crédibilité retrouvée des institutions et lecture assumée de la candidature de Mamadi Doumbouya, l’universitaire estime que la Guinée vient de réussir un test démocratique majeur. Lisez…
lindependant.org: Quel est votre état d’esprit, en tant qu’intellectuel et citoyen, au lendemain du scrutin ?
Je ressens avant tout un profond sentiment de fierté, mêlé à un immense bonheur. La Guinée vient de réaliser un exploit électoral rare, voire inédit : une élection sans incidents majeurs, ni même mineurs, malgré les prédictions pessimistes de certains esprits mal intentionnés.
Ensuite, la campagne a été portée par le peuple. Contrairement à ce que disent certaines mauvaises langues, l’engouement était réel, visible et mesurable, aussi bien pour le candidat indépendant que pour ceux des partis politiques. C’est une preuve indiscutable de la maturité politique du peuple guinéen.
Enfin, le fair-play politique observé de part et d’autre aurait dû être salué. Il a plutôt suscité l’ire de certains acteurs politiques en mal de posture, prompts à parler d’« arrangements », de « candidats fictifs » ou de « candidats de paille ».
Pourtant, après le référendum du 22 septembre 2025 et le procès du 28 septembre 2009, la Guinée vient à nouveau de se distinguer sur la scène internationale. Qu’on le reconnaisse ou non, notre pays a marqué un grand coup politique. Le véritable « KO » concerne davantage ceux qui ont appelé au boycott que les candidats qui ont eu le courage d’affronter les urnes.
Quel bilan tirez-vous du déroulement et de l’organisation du scrutin ?
Je serai bref. Un bon scrutin dépend toujours d’une bonne campagne. Comme on le dit souvent, c’est dans la marmite que l’on juge la qualité de la sauce.
Cela dit, chaque échéance électorale a ses spécificités. Il ne faut pas croire que la réussite de cette campagne garantit automatiquement le succès des prochaines. Les législatives, sénatoriales ou communales mettront en scène des partis politiques, avec leurs sensibilités, leurs projets et des enjeux post-présidentiels bien différents.
La forte mobilisation sans tensions majeures traduit-elle une nouvelle maturité politique ?
L’engouement peut se lire de deux manières. D’abord, s’agissant des huit autres candidats, à l’exception de deux ou trois, la mobilisation populaire est restée relativement modérée. La principale raison est évidente : le vent – ou plutôt l’ère Doumbouya – qui souffle sur le pays.
Certains parlent d’une élection jouée d’avance. Mais ce discours ressemble souvent au langage de refuge du battu, celui du gladiateur absent de l’arène.
Ensuite, il y a la vague politique portée par Mamadi Doumbouya, d’abord comme président de la transition, puis comme candidat. Rien de fortuit là-dedans. Cet engouement participe clairement d’une maturité politique et d’une prise de conscience aiguë des enjeux présents et futurs par nos compatriotes.
Les institutions électorales ont-elles gagné en crédibilité ?
Soyons précis. La polémique autour du rôle du MATD a surtout été alimentée par les mêmes acteurs qui n’ont jamais remporté une élection organisée par l’ancienne CENI. Ils n’ont donc aucun argument solide pour discréditer la DGE.
Quant à la Haute Autorité de la Communication (HAC), l’expertise de ses dirigeants est indéniable. Les médias ont été encadrés, sanctionnés lorsque cela s’imposait, puis rétablis dans leurs droits dès que les conditions étaient réunies.
Voir la DGE et la HAC travailler en symbiose est un signal fort. Des institutions qui coopèrent valent toujours mieux que des institutions en rivalité. C’est une expérience à consolider pour les prochaines échéances.
Quel regard portez-vous sur Mamadi Doumbouya, candidat à la présidentielle ?
J’assume pleinement mon soutien à Mamadi Doumbouya, et cela ne m’a pas valu que des amis. Mes prises de position en faveur de sa candidature dès avril 2025, puis mon appel aux Réformateurs (LR) à envisager une collaboration avec la GMD, ont suscité de fortes résistances.
Mais en politique, comme dans la vie conjugale, il faut assumer. Si vous n’êtes pas capable de défendre vos convictions, changez de voie.
Je considère que Mamadi Doumbouya est l’homme de la situation. Mon seul souhait est que certains ne polluent pas son éventuel mandat. Dans notre pays, les caméléons sont légion. Je ne dis pas méfiance, je dis vigilance.
Pourquoi restez-vous prudent malgré une victoire que vous jugez “logique” ?
Ma confiance repose sur un fait simple : Mamadi Doumbouya est un homme d’actes, pas de verbiage. Il suffit de parcourir le pays et de relire notre histoire récente pour s’en convaincre.
Ma retenue est avant tout un signe de respect envers les autres candidats. Une victoire doit être humble. Je préfère un échec digne à une victoire insolente. Si victoire il y a, célébrons-la avec modestie.
Et si les résultats surprenaient ?
En politique comme en football, une surprise n’est jamais exclue. Mon souhait reste la victoire de mon candidat, mais quel que soit le vainqueur, l’essentiel est que la transparence soit au rendez-vous.
Au final, c’est la Guinée qui doit gagner.
Quel sera le principal défi du président élu ?
Le défi majeur sera la consolidation de l’unité nationale. Une campagne est un combat d’idées. Une fois élu, le président doit quitter le boubou du candidat pour endosser l’habit du président de tous les Guinéens. Beaucoup ne l’ont pas su avant lui.
Cette élection est-elle un test démocratique pour la Guinée ?
Indiscutablement. Elle est à la fois nationale et internationale. La Guinée doit consolider son ancrage démocratique et prouver qu’une démocratie crédible peut émerger d’une transition militaire, comme cela a été le cas ailleurs en Afrique. L’enjeu engage notre présent et notre avenir.
Votre message aux Guinéens ?
Nous partageons un même destin. Faisons tout pour préserver cette terre et notre bonheur d’être Guinéens. Faisons en sorte que notre pays mérite, dans les faits, son surnom de « paradis ».
En une phrase, comment résumeriez-vous cette présidentielle ?
Une élection à la fois décisive pour les candidats et un défi collectif majeur à relever pour le bonheur de tous les Guinéens.
Interview réalisée par Marliatou Sall pour lindependant.org





































