Moins de 72 heures après le scrutin présidentiel du 28 décembre 2025, une certitude s’impose : la Guinée vient de franchir un cap politique majeur. À contre-courant des prophéties alarmistes et des appels au boycott, le pays a livré une élection globalement apaisée, massivement suivie et politiquement signifiante. Pour le Pr Lamarana-Petty Diallo, universitaire, journaliste et analyste politique, ce rendez-vous électoral restera comme un moment charnière de l’histoire démocratique nationale.
Dans un contexte souvent marqué par la défiance, la peur et la contestation post-électorale, la présidentielle de 2025 aura surpris par sa sobriété et sa tenue. Aucun incident majeur, pas même de débordements mineurs notables. Un fait suffisamment rare pour être souligné. « La Guinée vient de réaliser un exploit électoral », tranche l’analyste, qui y voit l’expression d’une maturité politique longtemps sous-estimée du peuple guinéen.
Car au-delà de l’organisation technique du scrutin, c’est la campagne elle-même qui aura marqué les esprits. Contrairement aux discours réducteurs, l’engagement populaire fut réel, visible aussi bien autour du candidat indépendant Mamadi Doumbouya que des autres prétendants. Le fair-play observé entre candidats, loin d’être salué, aura paradoxalement suscité la suspicion de certains acteurs politiques en quête de polémique, prompts à parler d’« arrangements » ou de « candidatures de façade ». Une posture que le Pr Diallo balaie sans détour : le véritable revers politique, selon lui, est à chercher du côté de ceux qui ont déserté l’arène électorale.
Sur le plan institutionnel, l’élection aura également servi de test de crédibilité. La Direction générale des élections (DGE) et la Haute Autorité de la Communication (HAC), souvent contestées par le passé, ont cette fois travaillé en coordination. Une dynamique saluée comme un signal fort : des institutions en symbiose inspirent plus de confiance que des institutions en rivalité permanente. Une expérience que la Guinée gagnerait à consolider à l’approche des prochaines échéances électorales.
La forte mobilisation observée, notamment autour de Mamadi Doumbouya, ne relève pas du hasard. Pour l’universitaire, elle s’inscrit dans ce qu’il appelle sans détour « l’ère Doumbouya ». Président de la transition devenu candidat, ce dernier a cristallisé une attente politique profonde. Les discours affirmant que l’élection était jouée d’avance relèvent, selon lui, d’un réflexe classique du perdant absent : celui qui refuse d’entrer dans l’arène préfère disqualifier le combat.
Assumant publiquement son soutien à Mamadi Doumbouya depuis plusieurs mois, le Pr Diallo revendique une constance politique qu’il juge trop rare en Guinée. Soutenir, dit-il, c’est assumer. Mais soutenir n’exclut pas la vigilance. Dans un paysage politique marqué par les retournements opportunistes, le principal risque d’un éventuel mandat reste, selon lui, la pollution de l’action présidentielle par les « caméléons » du système.
Pour autant, l’analyste se garde de toute euphorie excessive. Par respect pour les autres candidats et par souci d’élégance républicaine, il appelle à l’humilité. En politique comme dans le sport, rappelle-t-il, la surprise n’est jamais totalement exclue. L’essentiel demeure ailleurs : la transparence du processus et l’acceptation du verdict des urnes. Au final, insiste-t-il, le seul vainqueur légitime doit être la Guinée.
Le défi qui attend le futur président est immense : consolider l’unité nationale. Une fois la campagne terminée, le candidat doit céder la place au président de tous les Guinéens. Un exercice que beaucoup n’ont pas su réussir avant lui. Cette présidentielle n’est donc pas seulement une élection ; elle est un examen démocratique, observé autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La Guinée joue désormais sa crédibilité.
En résumé, le scrutin du 28 décembre 2025 restera comme une élection décisive pour les candidats, mais surtout comme un défi collectif relevé par un peuple qui, contre toute attente, a démontré qu’il était prêt à écrire une nouvelle page de son histoire politique.
Marliatou Sall Et Amadou Diallo






































