Édito,
En offrant, ce 5 décembre 2025, un appui financier de 100 millions GNF à chaque association de presse privée, la Direction Générale des Élections (DGE) ne s’est pas contentée d’un simple geste administratif. Elle a posé un acte politique fort, presque symbolique : celui de reconnaître que la transparence du scrutin et la stabilité nationale reposent aussi et peut-être surtout sur la qualité de l’information.
À Camayenne, où s’est tenue la cérémonie, l’enjeu dépassait largement la remise protocolaire de chèques. À trois semaines d’une élection présidentielle sous tension, la DGE cherche à bâtir un front commun autour d’un mot devenu rare dans les discours publics : l’inclusivité.
Georges Abraham Sory, Directeur Général Adjoint, l’a rappelé avec insistance. Impliquer tout le monde média, société civile, partenaires financiers c’est tenter de conjurer les fractures, visibles ou latentes, qui menacent chaque cycle électoral. « L’objectif, c’est d’avoir un processus inclusif… qui va intégrer tout le monde », martèle-t-il.
Mais cette main tendue n’est pas un chèque en blanc. La DGE exige des comptes, au sens strict du terme. Les médias devront produire des rapports financiers mensuels, sous l’œil d’un comité de suivi. Une manière de dire que l’appui se mérite, que la confiance se surveille, et que la transparence doit être réciproque.
Face à cette exigence, les responsables de la presse écrite se montrent sereins.
Mme Camara Kadiatou Conté, présidente de l’AGPE, rappelle avec un calme confiant que le partenariat avec la DGE ne date pas d’hier : « Ils savent déjà ce dont la presse privée guinéenne est capable ». Une façon élégante de répondre à la méfiance ambiante : la presse fera son travail, dans les règles, parce que c’est son métier et sa responsabilité.
Et cette responsabilité est immense.
Dans un climat électoral souvent inflammable, l’information peut apaiser ou attiser. Elle peut prévenir les crises ou les nourrir. Elle peut donner du sens ou semer la confusion. C’est tout cela que Mme Conté a exprimé en rappelant que la mission première de la presse, c’est de recouper, de vérifier, d’apaiser.
En scellant ce partenariat financier, la DGE et la presse guinéenne signent en réalité un pacte moral : celui de traverser ensemble le moment le plus sensible de la vie démocratique.
Car au soir du 28 décembre, ce que la Guinée attendra des médias n’est pas seulement de relayer des résultats, mais d’aider le pays à rester debout, serein, uni.
L’élection se jouera dans les urnes, mais la paix, elle, se jouera aussi dans les mots.
Saliou Keita






































