En Guinée, la campagne présidentielle semble désormais commencer… à l’hôpital. Ce jeudi 6 novembre 2025, l’honorable Abdoulaye Kourouma, président du Rassemblement pour la Renaissance et le Développement (RRD) et candidat à la présidentielle du 28 décembre, s’est plié à l’exercice du test médical imposé par le collège de médecins. Une formalité pour certains, un rituel d’État pour d’autres, mais surtout une illustration d’un pays où la santé des candidats devient plus discutée que la santé de la nation.
Souriant et satisfait, Kourouma a salué « un progrès par rapport à 2020 », soulignant « le professionnalisme » et « les améliorations » observées dans le dispositif médical. « Il faut passer devant les neurologues, les psychiatres… Il y a eu beaucoup de changements », s’est-il réjoui. Louable, certes. Mais à quoi bon cette démonstration de bonne santé, si la politique, elle, demeure malade de ses vieux réflexes ?
L’homme, confiant, s’est longuement étendu sur son hygiène de vie exemplaire : pas d’alcool, pas de tabac, une tension stable et un cerveau en pleine forme. En somme, un candidat au cœur sain et à la conscience tranquille. Mais la véritable question reste ailleurs : qu’en est-il de la santé démocratique du pays qu’il aspire à diriger ? Car si le bulletin médical rassure, le bulletin de vote, lui, reste incertain.
Depuis la mise en place de ce contrôle d’aptitude physique et mentale, on observe une étrange dérive : les candidats semblent rivaliser moins par leurs idées que par leurs bilans de santé. Comme si gouverner un pays revenait à passer un test d’endurance plutôt qu’un test de vision. La politique, réduite à une épreuve médicale, perd de son essence : celle du débat d’idées, du projet collectif et du courage moral.
Abdoulaye Kourouma, fidèle à son image d’homme posé, veut se présenter comme un dirigeant « lucide et équilibré », prêt à « faire mieux qu’en 2020 ». Mais au-delà de l’IRM et de la tension artérielle, les Guinéens attendent autre chose : des réponses aux tensions sociales, économiques et institutionnelles qui les étouffent.
En définitive, la visite médicale des candidats devrait être symbolique : non pas celle des corps, mais celle des consciences. Car la vraie pathologie de notre démocratie n’est ni cardiaque ni neurologique — elle est morale et politique. Et aucun stéthoscope ne pourra la diagnostiquer.
Amadou Diallo






































