À la morgue de l’hôpital Ignace Deen, au petit matin, le silence en dit long. Le corps du colonel Claude Pivi a été rendu à sa famille après autopsie, refermant un chapitre judiciaire, mais ouvrant un profond questionnement moral. Car au-delà des procédures, la mort rappelle une vérité universelle : dans cette vie, rien n’est éternel. Ni le pouvoir, ni la force, ni les honneurs.
L’homme est tombé, comme tous les hommes tombent. Hier encore redouté, commenté, jugé, aujourd’hui réduit à une dépouille rendue aux siens. Cette scène impose une réflexion que la Guinée peine souvent à mener jusqu’au bout : que reste-t-il d’un homme lorsqu’il quitte la scène ? Que survit-il du pouvoir une fois que la mort a parlé ?
Claude Pivi a servi la nation. Personne ne peut le nier. Officier de l’armée, il a porté l’uniforme, défendu le drapeau, incarné à un moment de l’histoire une certaine idée de l’État. Mais l’histoire, justement, est sévère avec les hommes de pouvoir. Elle retient le bien comme le mal, sans indulgence ni oubli sélectif.
Les derniers gestes, les dernières décisions, ont parfois le pouvoir de tout engloutir. Dans le cas du colonel Pivi, les événements tragiques du 28 septembre 2009 demeurent une tache indélébile dans la mémoire collective. Ils ont éclipsé, pour beaucoup, des années de service, rappelant cruellement que quelques actes peuvent suffire à renverser un héritage entier.
C’est là toute la leçon. Le pouvoir est un passage, jamais une propriété. Il exige retenue, humilité, douceur même, car seul le bien accompli résiste au temps. La brutalité, elle, laisse des cicatrices durables. Être fort n’autorise pas à être injuste. Commander n’excuse pas de perdre son humanité.
Aujourd’hui, alors que le corps du colonel est remis à sa famille et que les honneurs militaires se préparent, il ne s’agit ni de juger une fois de plus, ni d’effacer ce qui fut. Il s’agit de se souvenir. Se souvenir que la mort égalise tout. Se souvenir que ce sont les bonnes œuvres, et elles seules, qui demeurent.
Quoi qu’il en soit, l’homme est parti. À l’heure où la terre s’apprête à se refermer, que les querelles s’apaisent et que les consciences méditent. Qu’a cela ne tienne : que son âme repose en paix. Et que les vivants, surtout ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir, entendent enfin la leçon.
Alpha Amadou Diallo






































