Avec la publication officielle des résultats préliminaires du quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH-4), la Guinée franchit une étape décisive dans la connaissance d’elle-même. Par un décret rendu public dans la soirée du vendredi 6 mars 2026, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a entériné les premières données issues du recensement réalisé du 1er au 31 juillet 2025 sur l’ensemble du territoire national.
Le chiffre désormais officiel est sans équivoque : la population totale résidente du pays, étrangers compris, est estimée à 17 521 167 habitants.
Au-delà de la statistique brute, cette annonce marque un tournant pour la gouvernance publique. Car dans un État moderne, connaître sa population constitue le point de départ de toute politique efficace. Sans données fiables, la planification reste approximative, les politiques publiques hésitantes et les investissements mal orientés.
C’est précisément ce que rappelait récemment le ministre du Plan, Ismaël Nabé, lors de la publication provisoire des résultats par Institut National de la Statistique : « Gouverner sans données fiables, c’est avancer sans boussole. » Une déclaration qui résume l’ambition affichée par les autorités de placer la statistique au cœur de la refondation de l’État.
Une Guinée démographiquement en expansion
Les premières tendances issues du RGPH-4 dessinent une carte démographique révélatrice des dynamiques du pays. Deux pôles majeurs se dégagent clairement : Kankan et Conakry, véritables moteurs démographiques.
La région de Kankan arrive en tête avec 4 110 215 habitants, confirmant son statut de principal bassin de population. Elle est suivie par Conakry, dont l’urbanisation rapide porte la population à 3 407 327 habitants.
Derrière ces deux géants démographiques, plusieurs régions affichent également des poids significatifs :
- Nzérékoré : 2 481 986 habitants
- Kindia : 2 275 620 habitants
À l’autre extrémité de l’échelle, certaines régions enregistrent des populations plus modestes, bien que stratégiques à l’échelle nationale :
- Mamou : 916 535 habitants
- Labé : 1 239 897 habitants
- Faranah : 1 460 931 habitants
- Boké : 1 628 656 habitants
Ces disparités territoriales traduisent les contrastes entre urbanisation accélérée, migrations internes et développement inégal des régions.
Les chiffres comme outil de gouvernance
Mais le recensement ne se limite pas à un simple décompte de la population. Derrière ces statistiques se joue une question stratégique : comment répartir équitablement les ressources et planifier l’avenir du pays ?
La ventilation des données par sexe, par ménage et par collectivités locales – communes et sous-préfectures – permettra d’orienter les politiques publiques dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’emploi ou encore le logement.
La publication actuelle ne constitue qu’une première étape. Les analyses thématiques approfondies à venir devraient affiner la lecture des réalités sociales et économiques du pays.
Au fond, le RGPH-4 pose une question essentielle : la Guinée saura-t-elle transformer ces chiffres en politiques concrètes ? Car si les statistiques éclairent la route, elles ne remplacent ni la volonté politique ni la capacité d’action.
Une chose est néanmoins certaine : avec 17,5 millions d’habitants, la Guinée entre dans une nouvelle phase de son histoire démographique. Et désormais, le défi n’est plus seulement de savoir combien nous sommes, mais comment bâtir un avenir à la hauteur de ce peuple en pleine croissance.
Saliou Keita





































