À quelques mètres seulement du bureau colonial et de l’ancienne résidence des colons français, dans la ville historique de Timbo, repose un cimetière presque oublié. Là gisent près d’une centaine de Français, des combattants et bâtisseurs qui ont sacrifié leur vie au service de la France — mais aussi, involontairement, au service de la Guinée.

Ce lieu de mémoire, pourtant chargé d’histoire, est aujourd’hui à l’abandon, envahi par la végétation et laissé à l’abandon. Ni la France, ni la Guinée ne semblent avoir pris la mesure de l’importance de ces hommes qui, il y a plus de six décennies, ont participé à la construction du chemin de fer Conakry-Kankan, long de 662 kilomètres, ainsi qu’à l’édification de routes et autres infrastructures essentielles.
« Après l’indépendance en 1958, marquée par le refus catégorique du référendum de Charles de Gaulle, on aurait pu penser que ce patrimoine serait préservé. Mais comme le dit un adage peul : ‘Quand l’eau se verse dans le sable, on ne peut plus la recueillir’ », regrette Abdoul Aziz Barry (Bacos), un passionné d’histoire locale.

Il raconte : « Beckman et son contingent se sont installés à Kouroulà après leur victoire sur l’Almamy Boubacar Buro. Ils ont signé un contrat avec les autochtones et ont établi leur base ici à Timbo, alors capitale de la Fouta. Quand un Français mourait, il était enterré dans ce cimetière. Plusieurs dizaines de Français reposent ici, dans toute la région de Mamou. »
Bacos s’investit seul dans la réhabilitation du site, s’occupant de le défricher régulièrement. « J’ai pris des photos que j’ai envoyées à l’ambassade de France pour solliciter une aide à la restauration. Ce lieu pourrait devenir un site touristique, tout comme le Tata d’Amamy Sory, symbole de notre patrimoine. »
Aujourd’hui, ce cimetière oublié rappelle douloureusement la négligence envers ceux qui ont marqué l’histoire partagée de la Guinée et de la France. Il appelle à une prise de conscience urgente : honorer ces héros, c’est aussi préserver un morceau de notre mémoire collective.
Alpha Amadou Diallo




































