En adoptant le volet recettes de la Loi de finances rectificative 2025, le Conseil national de la transition (CNT) a ouvert la voie à l’une des réformes fiscales les plus audacieuses de ces dernières années. Exonération totale de TVA et réduction drastique des droits de douane sur les équipements électriques neufs et les véhicules neufs : le gouvernement frappe fort, avec une ambition assumée — moderniser la Guinée par la qualité, la sécurité et la transparence.
Mercredi 3 décembre, face à la presse, le ministre du Budget, Facinet Sylla, a défendu avec conviction ces choix qui, selon lui, relèvent du simple bon sens. Dans un pays où les routes racontent chaque jour la vétusté du parc automobile et où les installations électriques défaillantes mettent des vies en danger, la réforme apparaît comme une bouffée d’oxygène autant qu’une stratégie de rupture.
Des mesures fiscales qui changent la donne
Désormais, tous les équipements électriques neufs — importés, fabriqués, montés ou assemblés localement — sont exonérés de TVA et voient leurs droits de douane s’effondrer. Même avantage pour les véhicules neufs. Une nouveauté qui, selon Facinet Sylla, doit mettre un terme à un système labyrinthique où les exonérations se négocient “au cas par cas” et où la qualité reste un luxe inaccessible.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : les droits de douane sur les équipements électriques chutent de plus de 45 % à 7,75 %. Ceux sur les véhicules neufs passent de plus de 44 % à 12,75 %. Une révolution.
« Avant, pour un véhicule acheté 100 millions, vous rajoutiez 45 millions en taxes. Aujourd’hui, ce ne sera plus que 12,7 millions », illustre le ministre. Une baisse qui, selon lui, rend caduc tout besoin d’exonération dérogatoire. Une manière polie de dire : le privilège laisse place à l’équité.
La sécurité en ligne de mire
Pour le ministre du Budget, cette réforme répond à une réalité insoutenable : des accidents mortels causés par des carcasses mécaniques dépassées et des incendies récurrents nés de câblages bas de gamme.
« Quand vous êtes témoin d’incendies qui endeuillent nos familles, vous ne pouvez pas rester insensible », a-t-il lancé, rappelant que moderniser, c’est aussi protéger.
La démarche n’est pas isolée : elle est issue de consultations avec les acteurs économiques, dont la Chambre de commerce. Une façon de souligner que la réforme ne descend pas d’en haut ; elle s’impose comme une nécessité partagée.
Un pari économique assumé
Le ministre se veut rassurant : la baisse des taxes ne creusera pas le déficit. Au contraire, elle devrait dynamiser les importations de véhicules neufs, réduire l’entrée massive de véhicules usagés et faire reculer la fraude, qui passerait de 42,5 % à 6,4 % d’ici 2028. Une projection ambitieuse, mais qui traduit la volonté du gouvernement de nettoyer un secteur longtemps miné par l’informel.
Le patronat applaudit, mais veut aller plus loin
Présent à la rencontre, Alexandre Camara, représentant du patronat, y voit une avancée majeure. Pour lui, ces mesures sauveront des vies — sur la route comme dans les foyers. Il plaide toutefois pour un acte complémentaire : un décret limitant strictement l’importation de véhicules trop âgés, afin d’éviter que la réforme ne soit contournée.
Même satisfaction du côté de Mamadou Baldé, président de la Chambre de commerce, qui se dit « l’un des plus heureux aujourd’hui en Afrique ». Les opérateurs économiques, assure-t-il, sont prêts à accompagner cette nouvelle dynamique.
En clair : un tournant
Avec cette réforme, le gouvernement veut moderniser, sécuriser et assainir. Les prochains mois diront si la promesse se traduit en réalité, mais une chose est sûre : la Guinée engage un virage important — et nécessaire — vers un marché plus transparent, un parc automobile plus sûr et des installations électriques enfin dignes de confiance.
Une rupture, oui. Mais surtout une invitation à reconstruire autrement.
Sibé Fofana






































