C’est un geste symbolique, mais aussi stratégique : ce mardi 28 octobre 2025, le ministère de l’Agriculture, en partenariat avec la Société Guinéenne d’Investissement pour la Coopération dans le Développement Agricole (SOGUICODA S.A), a procédé à la remise de 53 moissonneuses-batteuses à des groupements agricoles de Conakry et de l’intérieur du pays.
Une opération qui s’inscrit dans la droite ligne de la vision du président de la République, le général Mamadi Doumbouya, pour qui le développement du monde rural constitue le socle de la refondation nationale.
La terre au cœur de la refondation
En présidant cette cérémonie à la Direction Générale du Génie Rural à Matoto, la ministre de l’Agriculture, Mariama Ciré Sylla, a voulu envoyer un message fort : la souveraineté alimentaire de la Guinée n’est plus un rêve, mais une mission.
« Notre ambition, c’est d’aider nos agriculteurs à être compétitifs, à accroître leurs rendements et leurs revenus, tout en créant des emplois durables pour les femmes », a-t-elle déclaré, rappelant que l’objectif est d’installer une agriculture moderne, mécanisée et rentable.
Cette initiative vient renforcer un mouvement déjà amorcé : mécanisation des cultures vivrières, distribution d’intrants, formation des paysans et facilitation de l’accès au financement via le Fonds de Développement Agricole (FODA).
53 moissonneuses pour 29 centres : un pari sur la modernité
Les 53 machines seront réparties dans les 29 centres de prestation de la SOGUICODA à travers le pays.
Selon son directeur général, Ousmane Bérété, « ces équipements permettront d’améliorer la productivité, de réduire la pénibilité du travail et de lutter contre les pertes post-récolte ».
Les chiffres sont parlants : plus de 3 000 hectares déjà labourés cette année, contre 1 500 l’année précédente. « Voilà l’impact concret de la mécanisation », a-t-il souligné, avant d’ajouter que 25 moissonneuses ont déjà été acheminées vers la Haute Guinée et la Guinée forestière.
Mais au-delà de la performance technique, cette initiative illustre une volonté politique : celle d’ancrer la refondation dans la réalité des champs, loin des discours urbains.
Sous Doumbouya, la terre devient un levier de souveraineté et de stabilité économique.
Les paysans entre espoir et frustration
Toutefois, derrière l’enthousiasme officiel, la parole des bénéficiaires révèle une autre facette du monde rural.
Mme Kadiatou Diallo, vice-coordinatrice des femmes maraîchères de Conakry, a exprimé à la fois sa gratitude et sa colère :
« Nous sommes reconnaissantes envers le président et la ministre pour ces équipements. Mais notre joie reste incomplète, car nos terres continuent d’être menacées par les remblais. On nous prive des espaces que nous cultivons depuis trente ans. »
Un cri du cœur qui rappelle une réalité persistante : sans une politique foncière claire et protectrice, la mécanisation seule ne suffira pas à sauver l’agriculture guinéenne.
Un défi collectif
La ministre Sylla le reconnaît : cette politique est le fruit d’un travail collectif — entre l’État, la SOGUICODA, les chambres d’agriculture et les partenaires techniques et financiers.
Mais la réussite dépendra d’un maillon essentiel : le maintien des terres agricoles et la responsabilisation des bénéficiaires.
Si la Guinée veut devenir autosuffisante, il faudra que la refondation se traduise en actes durables, au-delà des cérémonies. Car nourrir un peuple, c’est bien plus qu’une promesse politique : c’est une vision qui se cultive, jour après jour, dans la poussière des champs.
Amadou Diallo






































