La déclaration de Taliby Dabo tombe comme une bombe dans un dossier déjà sombre : Foniké Mengué et Billo Bah, disparus depuis plus d’un an, seraient toujours en vie, détenus dans un lieu secret. Des propos qui, en d’autres circonstances, auraient provoqué une onde de choc dans tout État soucieux de vérité et de justice. Mais en Guinée, c’est le silence qui, une fois encore, répond à la clameur.
Car Taliby Dabo n’est pas un anonyme de passage sur les réseaux sociaux. Ancien député de Kankan, proche des cercles de pouvoir d’hier comme d’aujourd’hui, il connaît les coulisses. Lorsqu’il affirme que les deux activistes “mangent bien, dorment bien, se portent bien”, ses mots ne peuvent être pris à la légère. Au contraire, ils devraient ouvrir immédiatement la voie à une enquête judiciaire, à une convocation, à un début de vérité.
Faya Lansana Millimono, président du Bloc Libéral, ne dit pas autre chose : si Taliby Dabo sait, il doit parler. Mais l’expérience enseigne une triste leçon : en Guinée, quand il s’agit de justice et de disparition forcée, l’État se dérobe, les institutions se taisent, la vérité s’évapore.
Il ne s’agit pas seulement du sort de deux figures emblématiques de la contestation citoyenne. Il s’agit d’un test grandeur nature pour les autorités actuelles. Le témoignage du troisième compagnon, relâché après leur enlèvement, évoquait déjà l’implication des forces de sécurité. Aujourd’hui, les mots de Taliby Dabo accréditent l’idée d’un secret bien gardé. Dès lors, une évidence s’impose : si Foniké et Billo sont vivants, c’est au pouvoir qu’il faut demander des comptes. Et si, au contraire, le pire devait être confirmé, le même pouvoir porterait l’entière responsabilité de leur sort.
Dans une Guinée où la mémoire des disparus s’allonge au rythme des silences d’État, cette affaire n’est pas seulement une “évolution importante”. Elle est une ligne de fracture. Car il n’y a pas de demi-vérité dans une disparition forcée : ou bien Foniké et Billo vivent, ou bien ils sont morts. Entre les deux, il n’y a que la complicité du silence.
Algassimou L Diallo






































