Chronique : ( Sibé Fofana)
Il y a des partis qui naissent dans la discrétion des bureaux feutrés. D’autres choisissent la démonstration. À Conakry, ce 28 février, la future Génération pour la modernité et le développement (GMD-Bâtir ensemble) a clairement opté pour la seconde option.
Autour de la table, des représentants de partis et de mouvements politiques ont acté leur renoncement à leurs anciennes chapelles pour se fondre dans ce qui se veut le futur grand parti présidentiel. Le geste est loin d’être anodin : il marque la volonté d’unifier, sous une même bannière, les soutiens épars qui ont porté Mamadi Doumbouya au sommet de l’État.
Aux commandes de cette orchestration politique, Bah Oury, coordinateur national du mouvement et Premier ministre. Son argumentaire est rodé : la création du GMD s’inscrit dans le cadre de la nouvelle charte des partis politiques, récemment adoptée par le CNT et promulguée par le chef de l’État. Une charte plus exigeante que celle de 1997, impose-t-il, notamment sur le nombre de membres fondateurs requis pour exister légalement.
Mais là où le texte fixe un minimum de 11 membres fondateurs par préfecture, GMD veut aller plus loin. Beaucoup plus loin. Vingt membres fondateurs par sous-préfecture : le chiffre n’est pas qu’administratif, il est politique. Il s’agit, selon ses promoteurs, de démontrer que le parti épouse la diversité du pays — des montagnes à la côte, de la savane à la forêt, sans oublier la diaspora.
Derrière cette exigence renforcée se dessine une stratégie claire : traduire organiquement, à travers un appareil partisan structuré, l’« ADN initial » qui aurait permis l’élection du président. Le message est limpide : le chef de l’État ne serait pas le produit d’une faction, mais l’expression d’une communauté nationale rassemblée.
Reste une interrogation de fond : cette vaste entreprise de fédération est-elle l’expression d’un élan inclusif ou la consolidation méthodique d’un socle politique destiné à encadrer durablement le pouvoir ? La frontière entre mobilisation nationale et construction hégémonique est parfois ténue.
Certes, l’approche n’a pas été simple à mettre en œuvre, reconnaît le chef du gouvernement. Convaincre dans les sous-préfectures, structurer dans les préfectures, harmoniser des sensibilités issues de mouvements différents : l’exercice relève presque de l’architecture politique.
La GMD n’est pas encore officiellement née que déjà elle affiche ses ambitions : incarner un parti-matrice, reflet d’un large spectre social et territorial. Dans un paysage politique guinéen souvent fragmenté, l’initiative intrigue autant qu’elle redistribue les cartes.
Une chose est sûre : la bataille des idées s’accompagne désormais d’une bataille des structures. Et sur ce terrain, le futur parti présidentiel entend occuper tout l’espace.
Sibé Fofana






































