Dans les localités rurales de Gongoré et de Maci, au cœur du Fouta Djallon, un vent d’alphabétisation souffle. Des habitants, jeunes et vieux, expriment un désir ardent d’apprendre l’écriture ADLaM, cette fierté peule inventée par deux frères guinéens. Reportage au milieu d’une population qui veut renouer avec son identité linguistique.
Sous le soleil doux de Gongoré, petite localité nichée dans la sous-préfecture de Pita, une femme de 55 ans attire l’attention des curieux. Moussa Yero Diallo, foulard coloré noué sur la tête, a le regard pétillant lorsqu’elle évoque sa passion pour la langue peule.
« Nous avons appris à lire et à écrire le Poular avec l’alphabet latin à travers les projets. Aujourd’hui, j’enseigne le Poular dans quatre foyers ici à Gongoré », confie-t-elle, fière de son parcours.
Mais désormais, son rêve va plus loin. Moussa Yero veut apprendre l’ADLaM, cet alphabet inventé par les frères Ibrahima et Abdoulaye Barry pour transcrire le poular.
« Moi, je vois souvent des vidéos sur les réseaux sociaux : des enfants qui déclament des poèmes en ADLaM, c’est magnifique ! Une fois, j’ai rencontré un jeune qui maîtrisait très bien cette écriture. Il m’a initiée, mais il n’est resté que peu de temps. J’ai seulement pu apprendre les quatre premières lettres. Si on me donne la chance, j’apprendrai l’ADLaM et je l’enseignerai ici à Gongoré », promet-elle avec enthousiasme.
L’enseignante autodidacte lance alors un appel solennel :
« Nous demandons au Bureau national ADLaM Guinée de penser à nous. Gongoré mérite d’avoir au moins un ou deux enseignants d’ADLaM. Je suis prête à m’engager, Inshallah. »
Quelques kilomètres plus loin, à Maci centre, le marché hebdomadaire bat son plein. Entre les étals de fruits, de tissus et d’épices, un jeune homme accepte de témoigner.

Il s’appelle Mamadou Aliou Bah, habitant du district de Tangan, dans la même sous-préfecture.
« À Tangan, beaucoup savent déjà lire et écrire en ADLaM, mais il n’y a pas de structure officielle pour enseigner. Nous souhaitons que le Bureau national envoie des formateurs ici à Maci. Ce serait très bénéfique, car beaucoup de jeunes veulent sincèrement apprendre », plaide-t-il.
Ces témoignages reflètent une réalité palpable dans de nombreuses localités du Fouta Djallon : un engouement croissant pour la redécouverte du poular écrit dans son alphabet originel.
À Gongoré comme à Maci, la soif d’apprendre et la fierté linguistique s’unissent pour préserver une identité culturelle vieille de plusieurs siècles – et, peut-être bientôt, pour faire rayonner l’ADLaM dans chaque village.
Alpha Amadou Diallo






































