Dans la tradition peule du Fouta, les hommes ne meurent jamais vraiment lorsqu’ils laissent derrière eux la parole, la sagesse et la mémoire. Mody Amadou Sow, connu et célébré sous le nom de Ama Sow Landho Tâli, appartient à cette lignée rare des gardiens de l’âme collective. Conteur hors pair, il fut sans conteste l’un des plus grands du Guinée, de l’Afrique, et sans exagération, du monde.
Dans l’univers sacré du Tâli è hala Pular, son nom trône comme une référence absolue. Aucun autre n’a su, comme lui, tresser la parole ancienne avec la profondeur du sens, faire voyager l’esprit entre l’imaginaire, l’histoire vécue et la théologie. Depuis sa disparition, le vide demeure béant, comme une place laissée vide sous l’arbre à palabres du village.
Au Fouta, la parole est héritage, et le conteur est une bibliothèque vivante. Ama Sow Landho Tâli incarnait cette tradition séculaire où la voix transmet ce que l’encre ne peut saisir. Aujourd’hui encore, les passionnés des contes initiatiques peuls se ressourcent dans l’immense trésor qu’il a légué à la nation, à travers les enregistrements de ses émissions sur les ondes de la radio nationale de Guinée. Ces archives sonores sont devenues des calebasses de savoir, ouvertes à toutes les générations.
À travers ses récits, tantôt fictifs, tantôt inspirés de faits réels ou des enseignements religieux, il a su apaiser les cœurs, éclairer les esprits et rappeler les valeurs cardinales du Fouta : la patience, l’honneur, la retenue, la foi et la dignité. Il a enseigné sans imposer, corrigé sans blesser, guidé sans contraindre.
Même absent physiquement, Ama Sow Landho Tâli demeure vivant dans la mémoire collective. Sa parole continue de circuler, de s’asseoir au milieu des veillées imaginaires, de parler aux enfants comme aux anciens. Comme le baobab, il a peut-être cessé de grandir, mais ses racines nourrissent encore la terre.
Qu’Allah le Tout-Puissant lui accorde Sa miséricorde infinie et l’accueille dans le Firdaws, demeure des justes. Car au Fouta, on le sait : les grands hommes ne disparaissent pas, ils deviennent légende.
Amadou Diallo






































