La Guinée figure désormais sur la liste noire. Comme vingt-cinq autres pays africains, elle est directement touchée par le gel des visas d’immigration permanente décidé par les États-Unis à compter de ce mercredi 21 janvier. Derrière cette mesure administrative se dessine une réalité politique brutale : l’Amérique de Donald Trump assume ouvertement un tri des nations jugées « indésirables ».
Sous couvert de réformes migratoires, Washington a suspendu les demandes de visas dits « longs » ceux qui permettent le regroupement familial, l’installation durable ou l’accès à l’emploi pour 75 pays à travers le monde, dont 26 en Afrique. La Guinée, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou encore le Nigeria sont désormais placés dans le viseur d’une politique qui ne dit plus son nom : l’exclusion sélective.
L’administration américaine justifie ce gel par la nécessité de revoir en profondeur le processus d’attribution des visas. Mais le fond du discours est ailleurs. Dans un communiqué daté du 7 janvier, le Département d’État accuse les ressortissants de ces pays, déjà présents aux États-Unis, de recourir à l’aide sociale à des niveaux jugés « inacceptables ». Le message est clair : l’immigrant idéal selon Trump doit être financièrement autonome, jeune, en bonne santé et surtout ne rien coûter.
Autrement dit, les critères d’éligibilité évoluent vers une sélection sociale assumée. Les ressources financières, l’âge et l’état de santé pourraient désormais peser lourdement dans l’examen des dossiers. Une approche technocratique qui masque mal une logique politique : certains pays et leurs citoyens sont considérés comme des risques, d’autres comme des opportunités.
Présentée comme temporaire, cette suspension pourrait pourtant s’inscrire dans la durée. Le Département d’État affirme que le gel restera en vigueur tant que les États-Unis ne pourront garantir que les nouveaux migrants ne « puisent pas dans les richesses du peuple américain ». Une rhétorique qui fait écho aux déclarations sans détour de Donald Trump, qui annonçait dès novembre 2025 vouloir « suspendre définitivement l’immigration en provenance de tous les pays du tiers-monde ».
Les chiffres confirment le durcissement. Plus de 100 000 visas auraient déjà été révoqués depuis le retour de Trump au pouvoir. En décembre 2025, l’administration se félicitait de l’expulsion de plus de 605 000 personnes, tandis que 2,5 millions d’autres auraient quitté le territoire d’elles-mêmes, sous la pression.
Pour la Guinée, comme pour le reste de l’Afrique ciblée, cette décision sonne comme un avertissement : la mobilité internationale devient un privilège réservé à quelques profils triés sur le volet. L’Amérique se referme, et elle le fait en désignant clairement ceux qu’elle ne souhaite plus accueillir. Derrière les procédures et les communiqués, c’est une frontière idéologique qui se dresse et la Guinée, une fois encore, se retrouve du mauvais côté du mur.
Barry Arbaba






































