Face aux menaces à peine voilées de l’Union européenne de durcir l’accès aux visas pour les Guinéens, Conakry a choisi de ne pas baisser les yeux. Morissanda Kouyaté, ministre des Affaires étrangères, a répondu sans détour : à toute restriction répondra la réciprocité. Le message, clair et assumé, a été délivré lors d’une rencontre avec les diplomates européens accrédités en Guinée, dans un climat déjà alourdi par les tensions autour des questions migratoires et des retours forcés.
Au siège du ministère, l’ambassadeur de l’Union européenne en Guinée, Xavier Sticker, a tenté de désamorcer la crispation. L’UE, a-t-il assuré, reste disposée à travailler avec les autorités guinéennes pour dépasser les blocages et « définir des solutions » sur la migration et le retour des Guinéens en situation irrégulière en Europe. Une main tendue, mais qui n’a pas suffi à dissiper le malaise.
Car du côté guinéen, le ton est monté d’un cran. « J’ai lu dans la presse que l’Union européenne menace la Guinée », a lancé Morissanda Kouyaté, visiblement agacé par une méthode qu’il juge contre-productive. Pour le chef de la diplomatie guinéenne, l’argument du visa comme moyen de pression ne tient pas : « Les 99 % des Guinéens ne veulent pas aller en Europe. C’est une infime minorité. Donc, cela ne nous effraie pas. »
Derrière cette déclaration, une ligne politique assumée : la souveraineté ne se négocie pas sous la contrainte. « On va appliquer l’article 25 : si les visas durent chez nous, les nôtres aussi dureront chez vous », a-t-il prévenu, évoquant sans détour le principe de réciprocité. Avant d’ajouter, dans une mise en garde à peine voilée : un bras de fer entre la Guinée et une institution aussi influente que l’Union européenne ne profiterait à personne.
Mais l’édito ne s’arrête pas aux visas. Pour Morissanda Kouyaté, la question migratoire ne peut être réduite à des chiffres ni à des procédures administratives. Elle touche à l’essentiel : la dignité humaine. Le ministre a insisté sur la nécessité de traiter les dossiers de retour avec respect, appelant à tourner la page des images humiliantes de ressortissants « menottés et jetés dans des charters ».
Sur ce point, le message est sans ambiguïté : certaines pratiques ne passeront plus. « Les identifications par téléphone cellulaire ne marcheront pas », a-t-il tranché, rappelant que les droits et la dignité des personnes ne sont pas négociables.
Entre coopération affichée et lignes rouges clairement tracées, la Guinée envoie un signal fort à ses partenaires européens : le dialogue reste ouvert, mais pas à n’importe quel prix. À Bruxelles de comprendre que la diplomatie du visa brandi comme une menace a ses limites et qu’en face, Conakry est désormais prêt à répondre du même ton.
Amadou Diallo






































