Il y a des visites officielles qui sentent la diplomatie feutrée, et d’autres qui respirent l’urgence à plein nez. Celle du gouvernement malien de transition à Conakry, ce mardi 9 décembre 2025, appartient sans ambiguïté à la seconde catégorie. Acculées par les attaques répétées de camions-citernes par les jihadistes du JNIM, confrontées à un blocus qui menace de paralyser leur économie, les autorités maliennes viennent chercher à Conakry ce que leurs alliés traditionnels ne leur offrent plus : un soutien ferme, discret et surtout immédiat.
Derrière les sourires protocolaires et les déclarations convenues, cette visite illustre une réalité que personne ne veut nommer : le Mali est à court d’options, et la Guinée joue désormais un rôle de roue de secours géopolitique. Une position dont Conakry se réjouit en silence, profitant d’un voisin affaibli pour renforcer son influence sous-régionale.
Les discussions, centrées sur les « questions stratégiques », s’inscrivent dans la continuité des accords bilatéraux signés en août dernier. Transport, sécurité transfrontalière, élevage pastoral… autant de dossiers qui masquent mal le vrai sujet : la survie du Mali face à la pression jihadiste et l’asphyxie économique. Plus de 800 kilomètres de frontières communes obligent les deux pays à coopérer, certes. Mais la coopération n’a jamais été aussi déséquilibrée.
Devant la presse, Abdoulaye Maïga s’est dit « très satisfait ». Bah Oury, lui, s’est déclaré « attentif » à la stabilité du Mali – manière polie de rappeler que les incendies maliens finissent presque toujours par enfumer la Guinée. Pourtant, dès qu’il s’agit de préciser la nature réelle du soutien guinéen, les deux Premiers ministres se murent dans un silence révélateur. Soutien logistique ? Contournement discret du blocus énergétique ? Appui sécuritaire non assumé ? Les zones d’ombre dominent.
Maïga n’a pas oublié de rappeler le précédent : en 2022, face à un blocus de la CEDEAO, c’est déjà Conakry qui avait tendu la main à Bamako. Un rappel qui sonne presque comme un avertissement : nous sommes revenus vers vous, souvenez-vous pourquoi.
Ce déplacement à Conakry n’est donc pas une simple visite diplomatique. C’est un signal. Celui d’un Mali en difficulté, cherchant un allié fiable hors des circuits habituels. Et celui d’une Guinée qui semble prête à endosser ce rôle, mais à ses conditions, dans une région où chaque geste diplomatique peut redessiner les équilibres.
Algassimou L Diallo






































