CHRONIQUE —
Conakry a longtemps avancé au rythme lent des embouteillages, ces heures perdues qui résument souvent la vie quotidienne dans la capitale. Mais ce samedi 15 novembre 2025, à Bambéto, un message clair a été envoyé : l’État veut prouver qu’il peut bâtir, durer et finir. L’inauguration de l’échangeur — trois ans et trois jours après la pose de la première pierre — marque autant un acte technique qu’un geste politique.
Car au-delà du béton et de l’acier, les autorités ont tenu à mettre en scène le chiffre : 339 milliards de francs guinéens. Un montant officiellement assumé par le ministre des Infrastructures, Laye Sekou Camara, qui voit dans cet ouvrage la démonstration du « leadership » présidentiel et affirme que son département est devenu « la boussole de la Guinée ». Le symbole est recherché : Bambéto devait devenir la preuve que Simandou 2040 n’est pas seulement un slogan, mais une feuille de route.
Le ministre déroule alors la dynamique du moment : le lancement à Moribaya du « plus grand projet d’Afrique de l’Ouest » le 11 novembre, le Forum de l’Intelligence Artificielle le 12, puis aujourd’hui l’échangeur de Bambéto. Un triptyque destiné à installer l’idée d’un pays en mouvement, d’un gouvernement qui imprime un rythme.
Selon les autorités, les travaux ont été exécutés « conformément aux normes » et suivis « de bout en bout » par le chef de l’État lui-même, jusqu’à des visites nocturnes sur le chantier. Une manière de réécrire la méthode : le président surveille, le ministre exécute, et la capitale récolte.
Pour les habitants, toutefois, l’enjeu est plus concret. Bambéto n’est pas un lieu neutre. Carrefour symbolique, saturé depuis des années par un trafic étouffant, il sert de thermomètre à l’humeur de Conakry. « Conakry change de visage, Bambéto change de visage », répètent les officiels. Reste à voir si, au-delà de la lumière des projecteurs, la réalité quotidienne suivra.
Techniquement, l’ouvrage impressionne :
– un passage souterrain de 253 mètres ;
– un passage supérieur de 261 mètres ;
– un carrefour giratoire en 2×2 voies ;
– deux kilomètres de voirie sur la transversale n°2 menant à l’aéroport ;
– un dispositif complet d’assainissement et d’éclairage public.
Le tout construit par Sinohydro, sous la supervision de l’ingénieur-conseil béninois Alo Saïd, dont la « rigueur » a été officiellement saluée. Encore un rappel : le chantier est aussi l’histoire d’une coopération sino-guinéenne qui s’affiche comme pilier du développement infrastructurel.
En somme, Bambéto se dresse aujourd’hui comme une vitrine. Une vitrine politique, technique, diplomatique. Une promesse aussi : celle d’une capitale qui aspire à respirer enfin. Mais dans une ville où les routes s’usent plus vite que les discours, c’est maintenant la durée qui fera foi. Conakry attend. Conakry observe. Conakry jugera.
Algassimou L Diallo






































