La patience de l’État guinéen semble avoir atteint ses limites. À travers un communiqué rendu public le 18 mars 2026, la Présidence de la République a lancé un avertissement sans ambiguïté à l’endroit de soixante-deux entreprises publiques, privées et mixtes sommées de verser leurs dividendes au titre de l’exercice budgétaire 2025. Une décision qui sonne comme un rappel à l’ordre dans un contexte où la mobilisation des ressources internes devient un impératif stratégique.
Le message est clair : toutes les sociétés concernées ont jusqu’au 30 juin 2026 pour se mettre en règle. Au-delà de cette échéance, l’État promet des mesures drastiques.
Pour les entreprises privées, la menace est particulièrement lourde : le retrait pur et simple des permis d’exploitation plane comme une épée de Damoclès. Quant aux sociétés publiques, les dirigeants qui ne se conformeraient pas à cette obligation s’exposent non seulement à un limogeage immédiat, mais également à des poursuites judiciaires. Une fermeté qui traduit la volonté des autorités de rompre avec une certaine culture de la tolérance administrative face aux manquements financiers.
Derrière cette décision se dessine une volonté politique affirmée : celle de restaurer la discipline financière et d’exiger une gouvernance plus responsable des entreprises opérant sur le territoire national, notamment dans le secteur minier, pilier de l’économie guinéenne.
Pour éviter que cette injonction ne reste lettre morte, une task-force interministérielle a été constituée. Elle regroupe le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, le ministère des Mines et de la Géologie ainsi que la SOGUIPAMI, bras stratégique de l’État dans la gestion du patrimoine minier. Cette équipe aura la lourde responsabilité de suivre à la loupe l’exécution de cette directive présidentielle.
La liste des entreprises concernées illustre l’ampleur de l’opération. Elle couvre aussi bien de grandes sociétés minières comme la SAG, la SMB, Bel Air Mining ou encore Kouroussa Gold Mines, que des entreprises publiques stratégiques telles que EDG, la BCRG, la SEG ou la Poste guinéenne. Des sociétés mixtes de premier plan comme la CBG ou Vivo Guinée figurent également parmi les entités concernées, tout comme plusieurs entreprises où l’État détient des participations minoritaires.
À travers cette initiative, les autorités envoient un signal fort : les ressources issues de l’exploitation économique du pays doivent effectivement profiter au Trésor public et contribuer au financement du développement national.
Reste désormais une question essentielle : cette démonstration de fermeté marquera-t-elle le début d’une nouvelle ère de rigueur dans la gestion des entreprises ou s’inscrira-t-elle dans la longue liste des injonctions restées sans effets réels ?
D’ici au 30 juin, le compte à rebours est lancé. Et pour une fois, l’État semble décidé à ne plus regarder ailleurs.
Saliou Keita



































