On parle souvent d’énergie en chiffres froids : mégawatts installés, taux d’accès, lignes haute tension et déficits chroniques. Mais à Conakry, lors de l’atelier de validation du plan d’action genre du ministère de l’Énergie, la Banque mondiale a choisi de déplacer le projecteur. Derrière les kilowattheures, il y a des visages. Et trop souvent, ce sont ceux des femmes que l’on oublie d’éclairer.
Issa Diaw, représentant pays de la Banque mondiale en Guinée, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, l’accès universel à l’électricité ne se résume pas à une prouesse technique. C’est une transformation sociale profonde, impossible sans une inclusion radicale des femmes. À l’heure où la Guinée accélère ses investissements énergétiques, le message sonne comme un rappel à l’ordre : produire plus ne suffit pas, il faut produire juste.
Le contexte est pourtant porteur. Entre les grands chantiers nationaux et l’ambition affichée d’atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, notamment à travers l’initiative « M300 », la Guinée nourrit de grandes espérances. Un objectif ambitieux, mais réalisable, assure Issa Diaw. À une condition toutefois : intégrer pleinement les femmes dans les filières énergétiques, encore largement dominées par les hommes, qui représentent près de 80 % des effectifs du secteur.
Car l’énergie, rappelle-t-il, ne vit pas seulement dans les centrales et les postes de transformation. Elle s’invite dans les foyers, les écoles, les centres de santé, les ateliers et les marchés. Et lorsque l’électricité manque ou coûte trop cher, ce sont d’abord les femmes qui en paient le prix, elles qui portent l’essentiel de l’économie informelle et du quotidien des ménages.
Dès lors, changer de paradigme devient une urgence. Intégrer la dimension genre dans le secteur de l’énergie n’est plus un slogan, encore moins un luxe. C’est une condition de réussite. Sans cela, les investissements massifs consentis risquent de creuser les inégalités au lieu de les réduire. Le nouveau plan d’action se veut ainsi un outil pour lever les barrières qui freinent encore l’accès des femmes aux métiers techniques, à l’entrepreneuriat énergétique et aux responsabilités décisionnelles.
La Banque mondiale, par la voix de son représentant, a réitéré son engagement à accompagner cette mutation. Accès effectif à l’électricité pour les femmes en milieu rural, progression dans les carrières techniques, présence dans les instances de gouvernance : les priorités sont clairement affichées. Car encourager les femmes dans les conseils d’administration, les structures de régulation et les centres de décision, c’est aussi redessiner le visage d’un secteur longtemps verrouillé.
Au fond, le message est limpide : une transition énergétique qui exclut la moitié de la population n’est ni juste, ni performante, encore moins durable. En Guinée, l’électricité est appelée à éclairer bien plus que les villes et les industries. Elle doit aussi dissiper les zones d’ombre de l’inégalité.
Algasimou L Diallo





































