L’entrée de Patricia Adeline Lamah au gouvernement n’est pas une nomination comme les autres. En la propulsant ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, par décret présidentiel lu ce lundi 2 février 2026, le chef de l’État fait le pari d’un profil hors des sentiers battus : celui d’une entrepreneure issue du terrain, façonnée par l’auto-emploi et la débrouillardise féminine, loin des cercles politiques classiques.
À 38 ans, Patricia Lamah incarne un parcours singulier, presque à contre-courant. Orpheline très jeune, formée à Conakry, elle n’a rien d’une héritière du système. Après un cursus scolaire à Madina-Cité puis au lycée Sainte-Marie, elle décroche une maîtrise en droit privé à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. Une formation qui l’ouvre aux arcanes du secteur bancaire, où elle évolue durant près de sept ans, entre UBA Guinée et la BCI, dans les domaines du juridique et du contentieux.
Mais c’est en dehors des bureaux feutrés que Patricia Lamah va véritablement se révéler. En 2017, elle transforme une passion en projet économique en fondant Pat’s Natural Beauty, spécialisée dans les coiffures naturelles. Dans un secteur longtemps informel et sous-structuré, elle impose une vision professionnelle, crée de l’emploi et bâtit une marque aujourd’hui présente à Conakry et à Kamsar. Sa consécration régionale arrive en 2018, avec un prix remporté en Côte d’Ivoire, qui la fait entrer dans le cercle des figures montantes de la coiffure africaine.
Cette trajectoire, faite de résilience et d’audace, explique en grande partie la portée symbolique de sa nomination. Mariée, mère de deux filles, Patricia Lamah revendique un équilibre assumé entre vie familiale, réussite économique et engagement social. Un discours qui trouve un écho particulier dans un pays où des milliers de femmes survivent grâce à l’auto-emploi, souvent sans accompagnement réel de l’État.
En lui confiant le ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, l’exécutif envoie un message politique clair : celui de la reconnaissance des compétences issues du secteur privé et de l’économie réelle, notamment féminine. Reste désormais l’épreuve la plus difficile : transformer ce symbole en politiques publiques concrètes. Car au-delà de l’inspiration, les Guinéennes attendent des résultats, des mécanismes de protection sociale efficaces et des leviers solides pour l’autonomisation économique.
Patricia Lamah arrive avec une légitimité née du vécu. À elle de prouver que l’expérience du terrain peut, une fois au sommet de l’État, changer durablement la vie de celles qu’elle est désormais chargée de représenter.
Abdoul Chaolis Diallo






































