Il est des nominations qui dépassent la simple mécanique institutionnelle pour devenir des signes, presque des symboles. En confiant le ministère fusionné de l’Économie, des Finances et du Budget à Mariama Ciré Sylla, le président Mamadi Doumbouya n’a pas seulement désigné une technicienne : il a rouvert un sillon, encore rare, celui des femmes aux commandes du cœur financier de l’État. Après Malado Kaba, qui porta ce flambeau entre 2016 et 2018, une autre voix féminine s’élève à nouveau au sommet des chiffres et des arbitrages.
Dans les milieux économiques, la décision a été accueillie comme un souffle. Et c’est précisément Malado Kaba, ancienne argentière de l’État, qui a donné à ce souffle sa profondeur. Sans détour, elle salue une évidence longtemps attendue : le retour d’une femme à la tête d’un ministère aussi stratégique. Car gérer les finances publiques, c’est tenir le pouls de la Nation, sentir ses fragilités, anticiper ses crises et orienter ses espoirs. Un défi immense, mais, selon elle, à la mesure de Mariama Ciré Sylla.
L’ancienne ministre ne se laisse pourtant pas griser par les indicateurs macroéconomiques relativement favorables. Elle rappelle que les chiffres, aussi rassurants soient-ils, ne nourrissent pas seuls les populations. Il faut une vision, dit-elle, une boussole claire, et surtout des actes cohérents capables de transformer la stabilité apparente en progrès tangible. L’économie n’est pas une abstraction : elle doit se traduire dans la vie quotidienne des Guinéens.
Au cœur de cette équation se trouve le secteur privé, encore entravé par des blocages structurels. Pour Malado Kaba, l’enjeu est vital : sans entreprises fortes, sans entrepreneurs soutenus, aucun développement durable n’est possible. Elle appelle à des réformes audacieuses, à un environnement plus accueillant pour l’investissement et l’innovation, afin que l’énergie créatrice du pays puisse enfin s’exprimer pleinement.
Autre pilier de ce plaidoyer : la gouvernance. Transparence budgétaire, accès à l’information, clarté dans les marchés publics et la gestion de la dette. Autant de combats qu’elle dit avoir menés et qu’elle exhorte aujourd’hui à reprendre. Car la confiance, en économie comme en politique, naît de la lumière.
Enfin, il y a la redevabilité. Cette exigence morale et républicaine qui rappelle que les fonds publics appartiennent à tous. À ce poste, Mariama Ciré Sylla devient dépositaire d’un bien commun. Une charge lourde, mais noble. Malado Kaba s’en dit convaincue : la nouvelle ministre a la compétence, la rigueur et la lucidité nécessaires pour porter cette responsabilité.
Ainsi, au moment où la Guinée cherche à accorder ses ambitions à ses réalités, une femme prend la plume des chiffres et la clé du budget. Si elle parvient à transformer les colonnes de chiffres en leviers de justice économique, alors cette nomination ne sera pas seulement historique. Elle deviendra fondatrice.
Moussa Aziz Camara






































