Il y a des nuits qui basculent dans l’Histoire, et d’autres qui entrent dans la légende ou dans la guerre des récits. Celle du 2 au 3 janvier appartient, à n’en pas douter, à cette seconde catégorie. Washington affirme avoir arraché Nicolás Maduro au cœur du pouvoir vénézuélien lors d’une opération éclair baptisée Absolute Resolve. Cinq heures d’action, des mois de préparation, et un message brutal adressé au monde : nul n’est hors de portée.
Ce que l’on sait ou plutôt ce que les États-Unis disent a été déroulé avec un luxe de détails samedi, lors d’une conférence de presse en Floride. À la tribune, le général Dan Caine, chef d’état-major américain, aux côtés d’un Donald Trump visiblement décidé à marquer l’événement d’un sceau spectaculaire.
La longue traque
Selon le récit officiel, Absolute Resolve n’est pas une improvisation musclée, mais l’aboutissement d’un patient travail d’orfèvre. Depuis le mois d’août, les services américains auraient disséqué le quotidien du président vénézuélien : ses déplacements, ses habitudes, ses refuges, jusqu’à son alimentation et à ses animaux domestiques. Un « pattern de vie », disent-ils, reconstitué grâce à des drones furtifs, une surveillance permanente du ciel vénézuélien et l’appui discret d’une source humaine proche du pouvoir.
Pendant ce temps, loin de Caracas, des unités d’élite, dont la redoutée Delta Force, répétaient l’assaut sur une réplique exacte de la résidence présidentielle. Une mise en scène millimétrée, comme si la réalité devait d’abord être vaincue en laboratoire.
Attendre le bon ciel
Tout était prêt dès décembre. Mais la guerre moderne, même ultra-technologique, reste soumise à un tyran ancestral : la météo. Nuages bas, vents capricieux, opérations parallèles en Syrie… L’ordre d’exécution a été différé, encore et encore. Jusqu’à ce vendredi 3 janvier au soir, où, selon le général Caine, « les conditions se sont alignées ».
À 22h46, heure de Washington, Donald Trump donne le feu vert. Plus de 150 appareils s’ébranlent depuis une vingtaine de bases dans l’hémisphère occidental. Chasseurs F-35 et F-22, bombardiers B-1, drones, hélicoptères, avions de renseignement : la panoplie complète de la puissance américaine. Les hélicoptères rasent la mer à moins de cinquante mètres pour échapper aux radars. Le Venezuela ne voit rien venir.
Caracas dans le noir
À l’approche des côtes, les défenses aériennes sont neutralisées. Caracas s’enfonce partiellement dans l’obscurité, victime d’opérations cybernétiques et électroniques. Peu avant deux heures du matin, les premières explosions retentissent. Des frappes ciblées, notamment autour de la base aérienne de La Carlota, créent un chaos calculé.
« Une diversion redoutablement efficace », analyse Guillaume Ancel, ancien officier français. Dans cette confusion, l’essentiel se joue ailleurs : l’approche silencieuse de la cible.
L’instant décisif
À 1h01, heure de Washington, les hélicoptères se posent à proximité du lieu où Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, auraient été localisés. Des échanges de tirs éclatent, un appareil est endommagé, mais l’assaut progresse. Selon Donald Trump, le président vénézuélien tente de gagner une « safe room », une forteresse d’acier… trop tard.
Le couple se rend. Sans résistance, affirme Washington. « Tous deux inculpés », précise le général Caine, ils sont placés en détention par le ministère américain de la Justice. Le verbe est juridique, l’acte est militaire.
Sortie sous haute tension
L’exfiltration est immédiate, nerveuse. Avions de combat et drones armés couvrent le retrait. Des engagements d’autodéfense sont signalés. À 3h29, Nicolás Maduro et son épouse sont à bord de l’USS Iwo Jima, au large des côtes vénézuéliennes.
À 4h21, Donald Trump officialise l’opération sur Truth Social. Quelques heures plus tard, une image choc circule : Nicolás Maduro, menotté, yeux bandés, casque antibruit sur la tête. Une photo pensée comme un symbole.
Un récit qui interroge
Reste une question, lourde comme une ombre : où s’arrête le fait, où commence le récit politique ? Absolute Resolve, au-delà de sa dimension militaire revendiquée, est aussi une démonstration de force narrative. Une manière de dire que le droit, la souveraineté et les frontières peuvent être suspendus par la volonté d’une superpuissance.
Qu’on y voie un coup de maître stratégique ou un précédent dangereux, une chose est sûre : cette nuit-là, réelle ou racontée, le monde a été invité à écouter le bruissement inquiétant des bottes dans l’ombre.
Avec Rfi






































